• 05 Feb 19
  • Posted by Jayawardena, Priyanka
  • Education

Éducation au Sri Lanka : élargir l’accès et renforcer les compétences

En dépit de son système d’enseignement gratuit du primaire à l’université, le Sri Lanka est loin d’avoir satisfait la demande de compétences nécessaires pour la promotion du développement économique. L’auteur soutient que le défi majeur réside dans les inégalités d’accès à l’éducation, la majorité des enfants pauvres abandonnant l’école autour de l’âge de 16 ans. Le renforcement des compétences requiert d’élargir l’accès des ménages défavorisés à des niveaux d'éducation plus élevés.

Le Sri Lanka offre une éducation gratuite de l’enseignement primaire au diplôme universitaire. Pourtant, seuls 35 % de la population du pays ont terminé leurs études secondaires. Dans la frange de la population des 20 ans et plus, 18,5 % ont obtenu le diplôme d’études secondaires le plus élevé (baccalauréat - A-level), alors que 17 % ont obtenu le diplôme d’études secondaires le moins élevé (le brevet d’études secondaires - O-level).

Par ailleurs, une étude de la Banque mondiale sur les compétences requises pour renforcer la croissance et la compétitivité montre que la demande en main-d’œuvre suffisamment qualifiée est loin d’avoir été satisfaite. En se basant sur l’analyse d’une enquête sur la perception des employeurs concernant la demande de compétences par rapport aux compétences disponibles sur le marché du travail, l’étude révèle que 56 % des employeurs estiment que les travailleurs hautement qualifiés devraient avoir obtenu le baccalauréat (A-level), et 70 % des employeurs interrogés pensent que les travailleurs peu qualifiés devraient avoir obtenu le brevet d’études du premier cycle de l’enseignement secondaire (O-level). Cela indique le déficit considérable qu’il faut combler pour répondre à la demande de compétences du pays.

Ainsi, comment les inégalités dans l’accès à l’éducation et les déficits en termes de développement des capacités empêchent-elles le pays de développer une main-d’œuvre dynamique et compétente ?

La majorité des enfants pauvres abandonnent l’école après avoir obtenu le diplôme de fin du premier cycle de l’enseignement secondaire (O-level)

Grâce à un réseau d’écoles financées par l’État et d’autres mesures de protection sociale couvrant l’ensemble de l’île, l’accès à l’éducation de base est quasiment universel au Sri Lanka. Pourtant, la participation diminue aux niveaux supérieurs de l'éducation. À titre d’exemple, les taux de scolarisation nets au primaire (niveaux 1-5) et au premier cycle de l’enseignement secondaire (niveaux 6-9) sont de 97 % et 94 %, respectivement. Mais ces taux chutent aux niveaux supérieurs : 87 % au second cycle de l’enseignement secondaire (niveaux 10-11) et 51 % au niveau supérieur (niveau 12 et 13).

L’éducation est également moins équitable dans les niveaux supérieurs. Plus particulièrement, les enfants des groupes à faibles revenus ont un accès limité au second cycle du secondaire (A-level). Effectivement, les taux de scolarisation y varient de 29 % pour les enfants des ménages classés parmi les 10 % les plus pauvres à 73 % pour les enfants des ménages classés parmi les 10 % les plus riches (voir la figure 1). Ceci s’explique en partie par les disparités observées dans les taux de réussite au diplôme de fin du premier cycle par groupe de revenus.

Figure 1. Taux de scolarisation net par cycle d’enseignement, 2016

Source : Calculs effectués par l’auteur en utilisant les données de l’enquête sur les revenus et les dépenses des ménages (HIES - 2016).

Remarque : Les taux de scolarisation nets mesurent le niveau d’enrôlement scolaire d’un groupe d’âges officiel pour un niveau d’éducation donné, exprimé en pourcentage de la population correspondante.

Les disparités dans l’achèvement du cursus scolaire sont plus prononcées dans les taux de réussite au brevet d’études du premier cycle (O-level) et au baccalauréat (A-level). Près de 67 % des enfants des ménages classés parmi les 10 % les plus riches ont obtenu leur brevet d’études du premier cycle (O-level) contre seulement 27 % des enfants des ménages classés parmi les 10 % les plus pauvres (voir la figure 2). Des disparités similaires sont observées dans les taux de réussite au baccalauréat (A-level).

Figure 2. Taux d’achèvement dans les principaux cycles d’éducation, 2016

Source : Calculs effectués par l’auteur en utilisant les données de l’enquête sur les revenus et les dépenses des ménages (HIES - 2016).

Remarque : Le taux d’achèvement est défini comme le pourcentage d’enfants dans un groupe d’âges ayant terminé le cycle d’enseignement.

Manque de possibilités pour le développement des compétences

Dans ce contexte, plusieurs jeunes qui quittent d’école sortent du système éducatif sans même avoir passé le premier examen national – le brevet d’études du premier cycle (O-level). Ainsi, chaque année, environ 300 000 élèves présentent le brevet (O-level) : près de 70 % d’entre eux passent cet examen et se qualifient pour le second cycle du secondaire (A-level). De même, chaque année, environ 200 000 élèves présentent le baccalauréat (A-level), mais seuls 60 % d’entre eux le réussissent et sont qualifiés pour accéder à une université d’État. Ainsi, chaque année, quelque 100 000 et 70 000 élèves sortent du système éducatif sans avoir obtenu le brevet d’études du premier cycle (O-level) et le baccalauréat (A-level), respectivement (voir la figure 3).

En outre, sur les 160 000 élèves admissibles pour l’université sur la base de leurs résultats au baccalauréat, près de 20 % seulement sont admis dans les universités d’État en raison des places limitées. Ceci signifie que chaque année, environ 130 000 d’élèves ayant obtenu le baccalauréat abandonnent leur ambition d’entrer à l’université.

Figure 3. Performances dans les examens nationaux, 2017

De plus, la transition de l’école à la formation professionnelle n’est pas aisée. Les enfants pauvres, en particulier, ont un accès limité aux programmes de développement des compétences. La figure 4 montre les variations dans l’inscription dans l’enseignement supérieur parmi les jeunes âgés de 15 à 29 ans, par groupe de revenus. La majorité de ceux qui quittent le système éducatif, notamment les enfants issus des ménages pauvres, finit par exercer des emplois occasionnels ou peu qualifiés.

Figure 4. Inscriptions au niveau supérieur des jeunes de 15 à 29 ans, par groupe de revenus, 2016

Source : Calculs effectués par l’auteur en utilisant les données de l’enquête sur les revenus et les dépenses des ménages (HIES - 2016).

Remarque : L’enseignement supérieur correspond à l’université, aux TVET (formations techniques et professionnelles), et à d’autres instituts d’enseignement.

Les dépenses effectuées directement pas les parents constituent-elles un facteur qui empêche les enfants d’accéder à l’éducation et au développement des compétences ?

L’une des raisons qui expliquerait ces variations est la capacité des ménages à payer l’éducation avec leurs propres moyens. Même si le service public d’éducation est fourni gratuitement les ménages consacrent à l’éducation près de 3,8 % de leurs dépenses totales en moyenne.

Les frais de cours particuliers et les dépenses en fournitures scolaires constituent les principaux coûts liés à l’éducation pour les groupes à faibles revenus (voir la figure 5). Les cours particuliers sont devenus un facteur essentiel de réussite aux examens nationaux. Même les ménages classés parmi les 10 % les plus pauvres, qui ont déclaré payer pour des cours particuliers, y consacrent environ 10 % de leur revenus.

La figure 5 montre également que c’est en particulier les ménages classés parmi les 20 % les plus riches qui supportent les coûts liés à l’enseignement supérieur. Pour les ménages qui investissent dans l'enseignement supérieur, la dépense moyenne mensuelle pour l'enseignement supérieur est de 12 930 roupies. Étant donné que les dépenses mensuelles totales des ménages classés parmi les 10 % les plus pauvres est d’environ 19 720 roupies, l’abordabilité de l’enseignement supérieur est contestable pour les élèves les plus pauvres. Ainsi, ces coûts pourraient affecter négativement l’enseignement scolaire et le développement des compétences des enfants pauvres.

Figure 5. Répartition des dépenses directes pour l’éducation, 2016

Source : Calculs effectués par l’auteur en utilisant les données de l’enquête sur les revenus et les dépenses des ménages (HIES - 2016).

Trouver une solution aux inégalités dans l’accès à l’éducation et au développement des compétences

Il est important pour le gouvernement de planifier soigneusement et d’examiner les besoins actuels du secteur de l’éducation. Il doit trouver les moyens efficaces pour répondre à ces besoins en améliorant la mobilisation des ressources en faveur des services éducatifs.

Les élèves qui quittent l’école doivent constituer la première cible des programmes spécifiques de formation et de développement des compétences qui visent à satisfaire la demande de compétences du pays. Ainsi, il est important d’identifier les raisons des disparités dans l’accès à l’éducation et d’accroître l’accès à l’éducation des enfants issus des ménages à faibles revenus. Il convient aussi de souligner qu’avec le système actuel de gratuité de l’éducation pour tous, les riches sont plus avantagés dans les niveaux supérieurs de l’éducation scolaire, étant donné que de nombreux enfants issus des groupes à plus faibles revenus abandonnent la vie scolaire après le premier cycle du secondaire.

Les décideurs politiques doivent rechercher les voies et les moyens d’élargir l’accès aux niveaux supérieurs de l’éducation pour les élèves pauvres. En raison des contraintes financières actuelles de l’État, il est difficile d’aligner les besoins du secteur de l’éducation avec ceux d’un marché du travail dynamique. Le gouvernement devrait par conséquent envisager l’introduction de programmes d’aide financière plus ciblés pour permettre aux élèves nécessiteux d’accéder au deuxième cycle de l’enseignement secondaire et aux programmes de formation technique.

 

Auteur :

Priyanka Jayawardena a environ 14 ans d’expérience en recherche à IPS. Elle a travaillé comme consultante auprès d'organisations internationales telles que la Banque mondiale, la BAD et l'UNICEF.