Mines artisanales : impacts potentiellement positifs sur les conditions de vie des communautés locales

Jusqu'à 4 % de la population mondiale dépend directement des mines artisanales, qui produisent environ 20 % des minéraux que nous utilisons. Les auteurs de cet article montrent qu’en dépit de la perception généralisée selon laquelle ces mines représentent une grande menace pour la santé et l’environnement des habitants au niveau local, elles ont un impact positif sur les conditions de vie. Une attention accrue doit être accordée au rôle que les mines artisanales pourraient jouer dans les processus de développement, ainsi qu’à la manière par laquelle elles pourraient cohabiter avec les mines industrielles.

L’idée selon laquelle les habitants des régions du monde riches en ressources sont pauvres peut sembler contre-intuitive. Pourtant, les pays regorgeant d’importantes ressources semblent être victimes de la malédiction des ressources naturelles, qui se traduit en petite croissance économique. La malédiction découle généralement des mécanismes tels que les variations des taux d’intérêt, la recherche de rente ou les conflits. En outre, la répartition des ressources dans un pays n’est pas uniforme. Qu’en est-il des personnes vivant à proximité des sites d’exploitation : tirent-ils plus parti ou font-ils plus les frais de l’exploitation des ressources ?

Au niveau local, l’exploitation des ressources naturelles suppose une concurrence relative aux terres. Les terres peuvent avoir plusieurs usages, notamment l’agriculture, les logements, l’exploitation minière industrielle ou l’exploitation minière artisanale. Dans une étude récente, nous donnons la première quantification à grande échelle de l’impact des mines artisanales sur les conditions de vie. Nous examinons également l’impact local des mines industrielles qui ont été récemment aménagées.

Pourquoi devrions-nous accorder une attention aux mines artisanales

2 à 4 % de la population mondiale dépend directement des mines artisanales, qui produisent environ 20 % des minéraux que nous utilisons. L’exploitation minière artisanale est une activité poussiéreuse et à forte intensité de main-d’œuvre, ce qui est préoccupant étant donné que cela « peut entraîner de graves risques environnementaux et sanitaires, des conflits et en général peu d’avantages économiques. » La majorité des études effectuées sur cette question mettent l’accent sur le lien qui existe entre les mines artisanales et les conflits.

Nous montrons que les mines artisanales pourraient aussi déclencher des effets de débordement. Notre analyse de données provenant du Burkina Faso montre que les personnes vivant autour des mines artisanales tirent effectivement parti de ces mines.

Les mines d’or au Burkina Faso

Deux sources de variations font du Burkina Faso un cas idéal pour examiner l’impact des mines artisanales :

  • premièrement, les réserves d’or sont éparpillées sur toute l’étendue du territoire burkinabé, donc certaines personnes vivent à proximité d’une mine, et d’autres non ;
  • deuxièmement, le prix de l’or a quadruplé au cours des années 2000, de sorte que les retombées de la recherche d’or ont changé au fil du temps.

Nous sommes en mesure d’exploiter cette expérience quasi naturelle grâce aux informations détaillées sur le niveau de consommation des ménages, collectées à la fois avant et après la hausse du cours de l’or.

Les mines artisanales améliorent les conditions de vie des communautés locales

Qu’advient-il des personnes qui vivent à proximité des mines artisanales lorsque le prix de l’or augmente ? Leur niveau de consommation croît. La consommation est le meilleur moteur des revenus dans les pays en développement ; par conséquent, une telle hausse de la consommation est une bonne chose.

Un calcul rapide montre qu’un prix élevé de l’or se traduit par une augmentation de cinq centimes d’euros du niveau de consommation par jour, pour chaque personne vivant à proximité d’une mine artisanale. Ce montant supplémentaire de la consommation pourrait sembler minime à sa valeur nominale. Mais cinq centimes constituent une augmentation appréciable en termes relatifs : cela correspond à une augmentation de 10 % de la consommation.

Les mines industrielles n’affectent pas les conditions de vie

Contrairement à l’impact local des mines artisanales, l’aménagement des mines industrielles n’améliore pas la consommation locale. Pourtant en 2016, les mines industrielles ont contribué au budget public du Burkina Faso avec un montant de 290 millions d'euros.

En dépit de l’ampleur de la production, l’impact local des mines industrielles n’est pas toujours ressenti (même si les politiques relatives au contenu local, comme cela est prôné par la Banque mondiale, pourraient être un succès dans certains contextes). Les mines d’or industrielles n’ont que dix ans, mais elles produisent déjà dix fois plus d’or que les mines artisanales.

Est-il possible de combiner l’exploitation minière artisanale et l’exploitation minière industrielle ?

Les mines artisanales augmentent la consommation locale, tout en posant des défis fiscaux et de formalisation au Burkina Faso. Les mines industrielles contribuent au budget national, mais en 2014, elles n’ont pas augmenté la consommation locale.

Ces constats simples pourraient aider à comprendre pourquoi les populations locales pourraient manifester près des installations des mines industrielles. Nos résultats montrent qu’il pourrait y avoir des conséquences sur les fonds propres, en plus des conséquences en matière d’efficacité, découlant de la création d’une mine industrielle plutôt qu’une mine artisanale.

En réalité, les mines artisanales sont gérées comme des biens communs : elles sont inefficaces, mais presque tout le monde peut accéder à une part de l’or produit. Les mines industrielles privatisent l’accès à l’or en clôturant leurs zones de production.

Étant donné que les mines d’or artisanales et industrielles ciblent en général des zones avoisinantes, mais qui ne se chevauchent pas complètement, il est possible d’améliorer la cohabitation des deux.

 

Auteurs:

Victoire Girard est chercheuse associée en économie à l’Université d’Orléans Labex Voltaire et conférencière à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 

Rémi Bazillier est professeur d’économie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et chercheur associé au Centre d’économie de la Sorbonne (CES-CNRS).