• 10 Sep 18
  • Posted by Cameron, Lisa , Dan-dan , Zhang , Meng, Xin
  • Mondialisation
  • 0 Comments

Politique chinoise de l’enfant unique : effets sur le ratio des sexes et sur la criminalité

En Chine, la politique de l’enfant unique, ainsi que la forte préférence des parents chinois pour les garçons plutôt que les filles, ont conduit à un ratio des sexes extrêmement déséquilibré. Cet article fait état de recherches démontrant que l’intense pression financière sur les hommes chinois afin d’attirer une compagne, ainsi que les conséquences comportementales de leurs croissances dans un environnement à prédominance masculine les rendent plus susceptibles de commettre des actes criminels. Même si l’abandon de la politique de l’enfant unique se traduit par à un retour à un plus grand nombre de filles, il faudra au moins une génération pour atteindre la parité entre les hommes et les femmes en âge de se marier.

La criminalité est montée en flèche en Chine : les taux de criminalité ont plus que sextuplé au cours des trois dernières décennies. Les causes probables incluent la croissance économique exceptionnelle et l’augmentation des inégalités, la migration massive des campagnes vers les villes et l’effritement des valeurs traditionnelles.

La politique nationale de l’enfant unique est une autre cause potentielle. Alors que la criminalité était en plein essor, la politique de l’enfant unique, ainsi que la forte préférence des parents chinois pour les garçons plutôt que les filles, ont eu comme résultat un ratio d’approximativement 120 garçons pour chaque 100 filles en Chine, soit 30 millions de garçons « excédentaires ».

Ces jeunes hommes « excédentaires », pour la plupart de statut socioéconomique inférieur, quittent les campagnes pour affluer vers les villes industrielles chinoises en quête d’emplois. Plusieurs d’entre eux sont voués à faire face à d’énormes difficultés pour trouver une épouse. Ajoutez à cela le fait que les jeunes hommes célibataires sont les principaux auteurs de crimes à travers le monde et qu’ils commettent plus du deux tiers des crimes violents et des crimes contre les biens en Chine, et les germes d’une explosion de la criminalité sont semés.

Politique chinoise de l’enfant unique

La politique chinoise de l’enfant unique a été lancée en 1979 et restreignait les couples urbains à n’avoir qu’un seul enfant. Dans plusieurs régions rurales, un deuxième enfant était permis si le premier-né était une fille. La forte préférence pour les garçons (surtout dans les régions rurales), jumelée avec l’accessibilité à l’échographie et à l’infanticide ou à l’abandon des filles, s’est soldée par un ratio des sexes extrêmement déséquilibré.

De nombreuses publications ont détaillé les impacts de cette politique, que ce soit sur la fertilité et les ratios des sexes, le mariage, le vieillissement de la population, le marché du travail, l’épargne des ménages ou les comportements antisociaux tels que l’égoïsme. Plusieurs auteurs ont attiré l’attention sur le potentiel de criminalité et de conflit social. Une étude de 2013 a démontré que la criminalité est supérieure dans les provinces avec un ratio hommes-femmes plus élevé.

Notre recherche examine plus attentivement le lien entre le ratio des sexes et la criminalité. Les données que nous avons recueillies auprès de migrants ruraux masculins ayant rejoint les villes et qui étaient détenus dans une prison chinoise ainsi qu’auprès de leurs homologues en liberté montrent que le ratio des sexes déséquilibré compte pour 34 % de l’augmentation du taux de criminalité en Chine, et que la forte pression financière sur les hommes afin d’attirer une compagne les rend plus susceptibles de commettre des actes criminels.

Il devient difficile, et dans plusieurs cas, impossible, pour les hommes de trouver une femme. En parallèle, les forces de l’offre et de la demande déterminent que les mariées deviennent de plus en plus coûteuses. Il n’est pas rare que les familles s’attendent à ce que le futur marié fasse cadeau d’un appartement et d’une somme d’argent considérable, atteignant parfois plus de 15 000 $ US. 

Cela incite certains hommes célibataires à se tourner vers des crimes financièrement rentables. Un ratio hommes-femmes élevé dans le marché marital d’un homme (déterminé par son âge et sa provenance géographique) est associé à des taux plus élevés de crimes financiers. Les crimes violents ne sont pas affectés.

Par ailleurs, en Chine, le ratio déséquilibré des sexes signifie que les garçons grandissent entourés de beaucoup plus de garçons que de filles. Cet environnement à prédominance masculine affecte le comportement des garçons. Ils deviennent plus impatients, plus portés à prendre des risques et plus névrosés (tel que reflété par le comportement au cours de jeux expérimentaux et par les réponses aux questions de notre enquête).

Ces conséquences comportementales expliquent une petite part supplémentaire de l’augmentation de la criminalité. La prise de risques et le névrosisme sont fortement associés avec la probabilité de se livrer à des activités criminelles et d’être incarcéré.

Comment donc lutter contre ces pressions ? La solution évidente est de renverser la tendance du ratio des sexes. Mais c’est un long virage à négocier. Vers la fin de l’année 2015, la Chine s’est orientée dans cette direction en assouplissant la politique de l’enfant unique afin de permettre à tous les couples d’avoir deux enfants. Une modification principalement liée aux préoccupations associées à une population rapidement vieillissante. 

Certains chercheurs prédisent peu de changements dans les comportements reproductifs, car les Chinois se sont habitués aux enfants uniques. De plus, les pressions actuelles — qu’elles soient financières ou concurrentielles — constituent un frein à la capacité des parents de croire qu’ils peuvent subvenir aux besoins d’un plus grand nombre d’enfants.

Cependant, même si la politique assouplie aboutit à un retour vers un plus grand nombre de filles, il faudra au moins une génération pour atteindre la parité entre les hommes et les femmes en âge de se marier. À court terme, les pressions actuelles sur le marché marital devraient vraisemblablement se maintenir, et possiblement s’aggraver, tout comme la motivation à commettre des actes criminels.

 

Auteurs:

Lisa Cameron est professeure chargée de recherche à l’Institut de recherche économique et sociale appliquée de l’Université de Melbourne, en Australie. 

La professeure Xin Meng travaille actuellement à l’Institut des sciences économiques de la faculté des études commerciales de l’Université nationale australienne.

Le Dr Zhang Dan-dan est professeur adjoint à l’École nationale de développement de l’Université de Pékin et détient un doctorat en économie de l’Université nationale australienne.