Ressources naturelles et croissance économique : les données de recherche

Est-il possible de traduire les réserves de pétrole, de charbon, de diamants, d’uranium ou d’autres ressources naturelles en prospérité nationale ? Cet article donne un aperçu des données probantes provenant de plus de 40 études de recherche. Un thème récurrent est que mieux les institutions nationales d’un pays se portent – y compris un état de droit solide, un niveau de corruption faible et un gouvernement efficace – plus le pays tirera profit de ses ressources naturelles. Toutefois, il reste beaucoup de choses à comprendre sur les répercussions des découvertes de ressources naturelles sur les inégalités.

De nombreux chercheurs intéressés par les études de développement se sont demandés si les ressources naturelles sont bénéfiques à long terme pour la croissance économique. Pourtant, malgré près de trois décennies de recherches empiriques, aucun consensus n’a été atteint.

En raison de cette absence de consensus, nous nous sommes penchés sur les questions suivantes :

  • Quel est l’impact typique des ressources naturelles sur la croissance économique ?
  • Pourquoi les résultats d’études sont-ils si différents ?
  • Existe-t-il des facteurs politiquement pertinents qui revêtent une importance systématique concernant la manière dont les ressources naturelles influencent le développement économique ?

Nous examinons un vaste éventail d’études empiriques menées sur le lien entre les ressources naturelles et la croissance économique en nous appuyant sur l’analyse de régression. Les résultats donnent une image contrastée : presque 40 % des recherches empiriques indiquent une incidence négative (ce qu'on désigne communément la « malédiction des ressources naturelles ») ; 40 % ne trouvent aucun impact ; et 20 % indiquent des répercussions positives des ressources naturelles sur la croissance économique.

Nous avons pour objectif de résumer ce que nous savons à propos des effets quantitatifs des ressources naturelles sur la croissance économique en nous appuyant sur des faits empiriques ; et de proposer certaines pistes à d’autres chercheurs. Une ambition quelque peu tacite de notre travail de recherche est d’offrir des implications politiques sur la façon de gérer les ressources naturelles afin que les sociétés en tirent profit.

Nous avons recueilli 43 travaux économétriques qui présentent 605 estimations de régression de l’impact des ressources naturelles sur la croissance économique. Notre définition des ressources naturelles comprend les ressources naturelles de source ponctuelle – celles qui sont extraites d’une base géographique et économique limitée, notamment le pétrole, les diamants ou les métaux.

Nous décrivons une longue liste de caractéristiques de ces études (elles sont toutes disponibles  au lien suivant : Havranek et al. 2016). Par exemple, quelles variables explicatives sont incluses dans les modèles d’analyse de l’influence des ressources sur la croissance ? Plus spécifiquement, est-ce que les études empiriques contrôlent la qualité des institutions du pays (notamment les mesures de l’état de droit de la Banque mondiale) et leur impact non linéaire potentiel sur la croissance économique via les ressources naturelles ?

Nous posons également les questions suivantes : Quelles sont les méthodes économétriques utilisées ? Les études abordent-elles les questions d’endogénéité ? Les études sont-elles publiées dans des revues prestigieuses évaluées par des pairs, avec beaucoup de citations ? Quelle est la mesure de ressources naturelles utilisée par les études : des mesures d’abondance ou de dépendance des ressources naturelles ?

Dans notre méta-analyse, nous régressons les estimations (présentées antérieurement) de l’incidence des ressources naturelles sur la croissance économique concernant les caractéristiques des données, les méthodes d’estimation et d’autres aspects qui reflètent le contexte dans lequel les estimations ont été produites.

Notre recherche soutient très faiblement l’idée de la malédiction des ressources naturelles, une fois que les biais de publication et l’hétérogénéité des méthodes sont pris en compte. Par conséquent, la prédiction pessimiste de certaines études majeures dans ce domaine – selon laquelle la malédiction des ressources naturelles est inévitable – n’est pas justifiée lorsque les preuves empiriques ne sont pas examinées.

Notre enquête statistique de la sélection d’études indique que la plupart des chercheurs ne présentent pas les résultats de manière systématiquement biaisée – par exemple, en publiant davantage des estimations négatives qui soutiennent la notion de la malédiction des ressources naturelles tout en cachant les résultats plus positifs dans un « tiroir classeur ». Ce biais de sélection d’études, résultant de la préférence pour des résultats intuitifs ou statistiquement significatifs, a par le passé été présenté comme un fléau de plusieurs domaines de l’économie empirique.

Nous montrons que plusieurs facteurs expliquent systématiquement l’hétérogénéité dans les résultats découlant des études portant sur l’incidence des ressources naturelles sur la croissance économique :

  • contrôle de la qualité des institutions ;
  • contrôle du niveau de l’activité d’investissement ;
  • différenciation entre la dépendance et l’abondance des ressources – c’est-à-dire distinguer entre les flux et stocks de ressources naturelles ;
  • distinction entre différents types de ressources naturelles – Le pétrole en particulier, semble générer plus de retombées que d’autres ressources naturelles.

L’impact de la qualité des institutions est particulièrement important : les pays dotés de meilleures institutions ont tendance à bénéficier beaucoup plus de leurs richesses en ressources naturelles.

Quelles devraient être les prochaines étapes ? À notre avis, nous savons peu de choses sur l’incidence que les découvertes de ressources naturelles peuvent avoir sur les inégalités de revenus et de richesses. De plus, une identification plus appropriée des effets exacts des ressources naturelles sur la croissance économique est essentielle (notamment en utilisant des méthodes de preuves à l'échelle micro ou des méthodes de contrôle synthétique).