Soutenir les initiatives de santé publique en promouvant l’égalité des genres

Un nombre grandissant de preuves suggèrent que la législation et les programmes gouvernementaux visant à promouvoir l’égalité des genres peuvent être des outils efficaces pour améliorer la santé publique. Cet article présente certains des principaux résultats de la recherche, ainsi que ce qu’ils peuvent signifier pour l’élaboration des politiques de lutte contre la crise du Covid-19.

Pour réduire la propagation des maladies infectieuses partout dans le monde, des politiques efficaces sont essentielles. Des économistes de plus en plus nombreux considèrent que cette question rassemble un grand nombre de politiques, notamment celles qui favorisent l’égalité des genres dans les cadres juridiques, les décisions de justice, les programmes sociaux, les traditions et le marché du travail.

Comme l’inégalité entre les genres dans un ménage reflète l’inégalité entre les marchés et les institutions sociales, les changements à l’extérieur d’un foyer peuvent accroître le pouvoir de négociation des femmes au sein de la famille. Quand les mères et les pères ont un droit de regard égal sur la manière dont les familles répartissent leurs maigres ressources, les résultats en matière de santé sont meilleurs. Ainsi, une loi centrée sur l’égalité des genres, qui peut sembler n’avoir aucun rapport avec le soin, peut en fait être un outil efficace pour promouvoir la santé publique, grâce à la modification de certains choix des ménages.

Ces données s’accompagnent de méthodes plus développées pour mesurer le pouvoir de négociation au sein des ménages – condition préalable nécessaire pour évaluer directement l’ampleur des inégalités intra-ménage – et effectuer des évaluations de programme pour savoir quels types de politiques font la différence.

Rosella Calvi, par exemple, mesure la part des ressources familiales contrôlées par les femmes et la façon dont les changements du droit successoral en Inde affectent cette part. Une plus grande égalité des droits en matière d’héritage accroît le contrôle des femmes sur les ressources, ce qui renforce l’égalité au sein du ménage. L’augmentation de l’espérance de vie des femmes en Inde au cours des 40 dernières années est l’une des conséquences du changement. L’augmentation de l’égalité des genres dans le droit successoral – politique apparemment sans rapport avec les soins de santé – a conduit à l’amélioration considérable de la santé des femmes et des filles.

Nous trouvons des effets similaires dans notre propre travail. Nous montrons comment un transfert d’argent mensuel destiné aux mères peut accroître leur pouvoir de négociation – et comment cette autonomisation peut conduire à l’amélioration de la nutrition et de la santé de tous les membres de la famille. Par exemple, l’autonomisation des femmes au Mexique, conséquence du célèbre programme de transfert monétaire Progresa/Oportunidades/Prospera, a permis d’améliorer les résultats nutritionnels de l’ensemble des ménages. Ce type de transfert, qui soutient de rôle des femmes faisant des choix sains pour leurs familles, pourrait alléger considérablement le fardeau du paludisme au Malawi.

D’autres politiques axées sur l’égalité des genres ont des effets similaires. Par exemple, l’augmentation de la proportion de femmes travaillant dans les forces de police encourage les femmes à signaler les violences domestiques et ainsi à peut-être diminuer leur prévalence. Ce qui, par la suite, peut améliorer la position de négociation des femmes dans la famille et, partant, une amélioration de la santé des membres du ménage. Un autre exemple de politique est l’égalité dans la législation sur le divorce.

Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, des familles du monde entier sont confrontées à des décisions pouvant jouer sur leur risque d’infection. Parmi les exemples critiques, on trouve la question de savoir si les parents doivent travailler, si les enfants doivent aller à l’école ou encore le type d’efforts de prévention sanitaire à mener. La distanciation sociale a des externalités positives sur la santé de tous les membres d’une famille et représente donc un bien public, tant pour le foyer que la communauté. Ainsi, on pourrait s’attendre à ce que les familles où l’égalité est plus grande respectent davantage la distanciation sociale et contractent moins le Covid-19.

Les décideurs politiques qui font face au Covid-19 devraient envisager deux questions essentielles.

D’abord, faut-il adopter des politiques spécifiques pour promouvoir l’égalité des genres pendant les périodes de confinement à domicile ? Et, question subsidiaire : ces politiques peuvent-elles ensuite favoriser la baisse des taux d’infection ? Les pandémies peuvent accentuer la violence domestique par de nombreux biais et les politiques visant à promouvoir le dépistage de la violence dans tous les examens de santé peuvent être extrêmement précieuses.

Par exemple, le gouvernement australien a récemment augmenté de plusieurs centaines de millions de dollars le financement des programmes de lutte contre les violences domestiques et de promotion de la santé mentale. Ces programmes peuvent accroître le pouvoir de négociation des femmes au sein de la famille et ainsi entraîner une réduction du taux d’infection total.

Deuxième question : les politiques doivent-elles être davantage ciblées sur les femmes, pour avoir des conséquences tant sur leur autonomisation que sur les revenus ? Cibler le genre peut accroître l’efficacité d’un programme.

Par exemple, les transferts d’argent liquide, comme le paiement de relance de 1 200 dollars envoyé aux Américains en dessous d’un certain niveau de revenu, auraient pu être destinés aux femmes. Le gouvernement espagnol a récemment annoncé la mise en place d’un programme de revenu de base universel (UBI), ajout sans doute permanent aux services gouvernementaux. Les transferts d’espèces réguliers axés expressément sur l’égalité des genres ont plus de chances d’être efficaces. L’ajout d’un effet d’autonomisation en plus d’un effet revenu contribue à l’objectif principal de la reprise économique et peut améliorer la santé, la nutrition, l’éducation et d’autres résultats essentiels pour le bien-être des enfants et des familles.

En somme, les programmes de santé publique peuvent être renforcés par des initiatives qui favorisent l’égalité des genres. La crise de Covid-19 offre une immense opportunité. Les changements à grande échelle des services gouvernementaux sont temporairement acceptables pour le grand public et les élites dirigeantes dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis. L’intégration de mesures de promotion de l’égalité des genres dans les réponses au Covid-19 peut produire des bienfaits importants et durables pour les familles et les communautés du monde entier.

 

Auteurs :

Matthew Klein est économiste du développement, étudie principalement le genre et les familles.

Brad Barham est professeur au Département d’économie agricole et appliquée de la Universiy of Wisconsin-Madison.