Transition urbaine radicale : une nécessité pour éviter un réchauffement planétaire dangereux

Le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la nécessité d’une transformation sociale radicale pour éviter une augmentation de plus de 1,5⁰C de la température planétaire. Les auteurs de cet article mettent en exergue l’importance de la décarbonisation des villes et des cités, ce qui nécessitera de plus fortes densités de population, et des actions dans les secteurs de l’habitat, du transport et de la gestion des déchets, ainsi que dans les domaines de l’énergie et de l’industrie. À travers le monde, les différents partenaires urbains adoptent des mesures audacieuses et agressives pour parvenir à la neutralité carbone à l’horizon 2050, mais le leadership des gouvernements centraux est essentiel pour parvenir à opérer cette transition vers des villes durables à la vitesse et à l’échelle appropriées.

Vous rappelez-vous l’époque où nous pensions que le fait d’acheter un véhicule parcourant 30 miles par gallon consommé (3,7 litres de carburant pour 48,28 km parcourus) et de débrancher notre téléviseur pouvait permettre de régler le problème du changement climatique ? Eh bien, accrochez-vous, parce que le Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5⁰C vient juste d’anéantir ces espoirs.

La conclusion du rapport publié par les experts du climat les plus éminents est alarmante : nous ne serons pas en mesure d’éviter l’augmentation de la température planétaire au-delà de 1,5⁰C si nous n’opérons pas une transformation radicale de nos sociétés.

Que devons-nous changer ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat identifie quatre secteurs qui doivent urgemment être transformés afin d’éviter des niveaux dangereux de réchauffement global, à savoir l’énergie, l’utilisation des sols, l’industrie et les villes.

Dans le secteur de l’énergie, la transition vers les sources renouvelables et l’amélioration de l’efficacité constitueront une grande partie de la réponse. Le captage et le stockage du carbone ont également été identifiés comme primordiaux dans la quasi-totalité des scénarios – même si personne ne sait encore comment appliquer ces processus de façon rentable à grande échelle.

Dans le secteur de l’utilisation des sols, l’intensification durable de l’agriculture, une meilleure irrigation, et la restauration des écosystèmes sont recommandées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La conservation des forêts et des terres humides est particulièrement importante parce que ces écosystèmes sont riches en carbone.

Dans le secteur de l’industrie, l’efficacité énergétique, le recyclage et les sources de combustible à faible teneur en carbone sont les options les plus importantes pour atténuer les effets du changement climatique. Les secteurs industriels, notamment le ciment et l’acier ont de très importantes empreintes de carbone, et doivent par conséquent être décarbonisés plus rapidement.

Ces trois systèmes se rejoignent dans les villes et cités, où vit une proportion grandissante de la population mondiale, avec une estimation de 70 millions nouveaux résidents urbains par an jusqu’au milieu du siècle. En effet, le système urbain doit être transformé – très rapidement – si le monde veut parvenir à zéro émission nette d’ici la moitié du siècle.

Comment transformer les systèmes urbains ?

Des études montrent que les villes densément peuplées émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre que leurs consœurs tentaculaires, entre autres avantages. La création de formes urbaines plus compactes est essentielle pour réduire les émissions.

Ceci s’explique en particulier par le fait que la forme des villes détermine les choix de transport des résidents urbains. De fortes densités de population, l’utilisation mixte des sols et une bonne connectivité peuvent réduire le besoin de transport motorisé des individus.

La croissance urbaine compacte peut également permettre de réduire les besoins de chauffage et de refroidissement des bâtiments, et d’alléger la pression sur les écosystèmes environnants, étant donné que moins de terres doivent être converties à des fins urbaines. Ceci peut réduire les émissions découlant de déforestation et d’autres modifications de l’utilisation des sols.

Toutefois, la décarbonisation des villes et des cités nécessitera plus qu’une simple augmentation des densités urbaines. Pour atteindre zéro émission nette en zones urbaines, il faudra adopter des mesures dans les secteurs du logement, du transport et de la gestion des déchets, ainsi que dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie.

Qui peut diriger la transformation urbaine ?

Plusieurs villes à travers le monde mettent déjà en œuvre des initiatives audacieuses et agressives concernant le changement climatique en élaborant des plans visant à parvenir à la neutralité carbone à l’horizon 2050. Ceci étant, des systèmes urbains de décarbonisation ambitieux nécessiteront la contribution d’un large éventail de partenaires, notamment les gouvernements locaux, les entreprises privées et les organisations communautaires. Plusieurs de ces acteurs prennent déjà d’importants engagements.

Mais le leadership des gouvernements centraux est primordial pour établir des villes durables à la vitesse et à l’échelle requises.

Premièrement, les gouvernements nationaux ont un rôle majeur à jouer dans l’élaboration de politiques habilitantes. En mettant en œuvre des politiques et des mesures incitatives qui touchent directement ou indirectement les zones urbaines, les gouvernements centraux peuvent influencer leur forme, leur efficacité énergétique ou la qualité de leur air. Les codes du bâtiment, par exemple, constituent un outil essentiel pouvant permettre aux gouvernements nationaux de rendre les villes plus durables en encourageant l’utilisation mixte des terres, le caractère compact et l’efficacité énergétique.

Deuxièmement, les gouvernements nationaux peuvent débloquer d’importants fonds pour des infrastructures urbaines durables. Tous les pays ont besoin d’investissements à grande échelle dans les systèmes urbains pour réhabiliter les infrastructures existantes afin de réduire leurs émissions ou développer de nouvelles infrastructures à plus faible émission de carbone où il existe actuellement un déficit. Seuls les gouvernements nationaux ont les capacités budgétaires requises pour mobiliser et orienter les financements à une échelle suffisante.

Enfin, les gouvernements nationaux doivent coordonner les efforts et les actions déployés par plusieurs acteurs qui contribuent à la transition vers un niveau de carbone faible. Plus particulièrement, les gouvernements centraux peuvent clarifier et renforcer les rôles et les responsabilités des administrations locales, en s’assurant qu’elles sont dotées des compétences et des ressources nécessaires à l'accomplissement de leurs missions. Les administrations centrales peuvent stimuler davantage la production des connaissances et l’innovation pour alimenter la transformation au moyen de programmes de recherche stratégiques.

Le rapport du GIEC vient nous rappeler qu’en l’absence d’une telle mesure ambitieuse et transversale, nous subirons les conséquences catastrophiques du changement climatique dans chaque pays et dans chaque ville. Toute augmentation supplémentaire de 0,1⁰C met notre planète encore plus en danger. Les villes connaissent une hausse de température inquiétante, les zones côtières font face à des risques élevés d’inondation, et les terres arides sont confrontées à de sévères pénuries d’eau.

À titre d’exemple, à 1,5⁰C, deux fois plus de mégalopoles – et plus de 350 millions d’habitants supplémentaires – souffriront de chaleur excessive à l’horizon 2050. Pour atténuer l’impact des phénomènes climatiques extrêmes et des catastrophes encore plus importantes, la seule solution à notre portée est de prendre les mesures nécessaires afin de limiter l’augmentation de la température planétaire à 1,5°C.

 

Auteurs :

Catlyne Haddaoui est chercheuse analyste pour la Coalition pour les transitions urbaines (Coalition for Urban Transitions). Elle a précédemment travaillé comme chercheuse à l’Institut de développement d’Outre-mer (ODI, Londres). 

Seth Schultz est actuellement conseiller spécial à la Convention mondiale des maires pour la recherche et l’innovation (Global Covenant of Mayors on Research & Innovation). Il est aussi auteur principal du rapport spécial du GIEC sur le réchauffement planétaire de 1,5° C.