En un clin d’œil, les catastrophes climatiques peuvent réduire à néant des années d’efforts de développement, exacerbant les défis sociaux, économiques et environnementaux déjà existants. Le cyclone Ditwah, qui a frappé le Sri Lanka et le sud de l’Inde en décembre 2025, montre comment les failles dans la planification du développement ont amplifié les effets de la catastrophe et ralenti les efforts de reconstruction. Le renforcement de la planification du développement est donc une condition préalable urgente à un développement sensible aux risques, qui garantisse une croissance durable aux économies émergentes.
Malgré les efforts continus des gouvernements et des organisations internationales en charge du climat, les risques de catastrophe continuent d’augmenter. Par exemple, l’océan Indien connaît le réchauffement des eaux de surface le plus rapide de tous les océans tropicaux du monde, ce qui contribue à des phénomènes météorologiques extrêmes dans toute l’Asie du Sud. L’inaction climatique augmente les risques de catastrophes futures.
Les conséquences macroéconomiques des catastrophes naturelles telles que les ouragans et les tremblements de terre sont plus importantes pour les économies en développement que pour les économies avancées. À la suite d’un tel événement, les dépenses publiques ont tendance à augmenter. Dans les économies avancées, cette augmentation peut contrebalancer les effets négatifs à long terme causés par la catastrophe sur la croissance de la production. En revanche, comme l’augmentation des dépenses publiques est moins importante dans les pays en développement, l’effet négatif sur la croissance de la production n’est pas entièrement compensé, ce qui se traduit à long terme par une croissance limitée.
De fait, selon une étude de la Banque mondiale , après une catastrophe, les pays à faible revenu mettent 56 % plus de temps à rétablir leur niveau de consommation que les pays à revenu élevé. En plus de l’incidence sur le bien-être des ménages, ces baisses de consommation entravent également l’activité économique. Au Sri Lanka, par exemple, le cyclone Ditwah a fait passer les dépenses annuelles moyennes consacrées aux secours en cas de catastrophe de 0,4 % du PIB à 4 % du PIB en 2025-2026.
Les caractéristiques préexistantes au niveau national jouent également un rôle crucial dans l’atténuation des effets des catastrophes. Au Sri Lanka, le poids de la dette, les inefficacités du marché et les cicatrices laissées par la récente crise économique pourraient limiter la capacité du pays à compenser pleinement les effets négatifs des catastrophes naturelles sur la croissance de la production.
Le développement est étroitement lié aux catastrophes. De fait, les catastrophes et le développement s’influencent mutuellement. Si les catastrophes peuvent entraver les progrès en matière de développement, les échecs dans la planification du développement peuvent également accroître les risques de catastrophe.
Cela signifie qu’une part importante des coûts liés aux catastrophes peut être évitée grâce à des politiques de développement sensibles aux risques. Par exemple, des pays fortement exposés aux risques de catastrophes, comme le Japon, la Chine et la Corée du Sud, ont considérablement réduit leur vulnérabilité en intégrant la gestion des risques dans leurs stratégies de développement.
Malgré tout, le décalage persistant entre les priorités de planification et les allocations budgétaires demeure un problème majeur, qui affaiblit la capacité de gestion des risques des économies en développement. Il est impératif de combler ces lacunes pour favoriser un développement sensible aux risques de catastrophe.
Renforcer la planification du développement
Dans ce contexte, la planification est le processus systématique qui consiste à choisir parmi les investissements réalisables en fonction des coûts et des avantages socio-économiques. Un « plan de développement » fournit le fondement et la justification des politiques de planification d’un pays. Malgré des revers fréquents, la planification a joué un rôle déterminant dans le développement de nombreux pays. Il est possible pour un pays de se développer avec ou sans plan, cependant, une stratégie claire permet d’obtenir de meilleurs résultats de développement. Il n’est donc pas surprenant que le nombre de pays disposant d’un plan de développement national ait plus que doublé au cours des dernières années, de 62 en 2006 à 134 en 2018.
Bien entendu, la planification du développement doit être alignée sur les capacités réelles d’un pays, et tenir compte de facteurs tels que la volonté politique, le potentiel économique et les capacités administratives. La volonté politique est un aspect primordial de la continuité des politiques. La planification doit combiner des approches « descendantes » et « ascendantes », même ces dernières sont rarement évidentes.
L’échelle et la portée ont également leur importance. Définir des objectifs trop ambitieux dépassant les capacités administratives et politiques d’un pays aboutira souvent à des projets inachevés, des coûts accrus et des délais prolongés. De même, il est important que la formulation du plan ne soit pas séparée de sa mise en œuvre. Il est essentiel de prévoir des projets individuels bien planifiés qui contribuent à la réalisation de la vision globale de développement d’un pays.
Une approche réaliste pour les économies vulnérables aux catastrophes : les enseignements du Sri Lanka
Le cas du Sri Lanka offre plusieurs enseignements concernant la planification et le développement des pays vulnérables aux catastrophes.
Premièrement, les décideurs politiques doivent formuler des plans de développement à moyen terme comprenant des projets prêts pour l’avenir et tenant compte des risques.
Le rapport diagnostic de la gouvernance du Fonds monétaire international (2023) indique que la planification des dépenses du Sri Lanka manque de rigueur, car d’importants ajustements budgétaires ont été effectués avant l’approbation du Parlement, sans analyse adéquate des coûts, des avantages ou de la faisabilité.
Pire encore, des problèmes importants liés à la gouvernance et à la corruption persistent à toutes les étapes de la gestion des investissements publics. On peut citer par exemple les plafonds de dépenses irréalistes dans le programme d’investissement public ainsi que la faiblesse de l’évaluation des projets, qui mène à la sélection de projets de mauvaise qualité.
Cerise sur le gâteau, l’inadéquation entre la planification du développement et l’aménagement du territoire exacerbe les risques de catastrophe. Par exemple, le cyclone Ditwah a le plus durement affecté la région montagneuse, où le développement non planifié est courant.
Les pays peuvent tirer des enseignements de l’expérience du Sri Lanka et formuler des plans de développement à moyen terme, comprenant des projets sélectionnés grâce à des mécanismes d’évaluation rigoureux, scientifiques et sensibles aux risques. Mais surtout, il leur faudra ensuite les intégrer dans le budget d’investissement annuel.
Deuxièmement, les décideurs politiques doivent trouver des moyens de renforcer la coordination entre les services gouvernementaux afin d’améliorer la gestion des finances publiques. La gestion des finances publiques au Sri Lanka nécessite de vraies améliorations. Le programme d’investissement public du pays n’est pas limité par le cadre budgétaire, ne comprend pas de projets prioritaires et n’est pas clairement lié au budget annuel ou au suivi et à l’évaluation. Par conséquent, cette lacune entraîne une mauvaise utilisation des ressources et des doublons dans les projets.
Par exemple, malgré l’aggravation des risques climatiques, les allocations budgétaires directes consacrées à l’action climatique restent inférieures à 1 % du PIB. Une coordination plus étroite entre les différents services gouvernementaux est indispensable pour soutenir un développement sensible aux risques.
Ce dernier nécessite un renforcement continu des capacités aux niveaux politique, administratif et organisationnel. En outre, des données de meilleure qualité, un personnel bien formé et le renforcement de la coopération entre les ministères peuvent améliorer l’efficacité de la planification. Il est donc essentiel de renforcer les capacités en matière de planification budgétaire et de développement à moyen terme, notamment en intégrant la modélisation des risques dans la planification du développement.
La voie à suivre
Les efforts de reconstruction dans les pays touchés par des catastrophes doivent être tournés vers l’avenir et aller au-delà du simple remplacement des infrastructures endommagées. Il faudrait ainsi accorder la priorité à un développement sensible aux risques, qui renforce la préparation au changement climatique et entreprend les réformes structurelles attendues depuis longtemps dans les pays en développement.
L’action climatique est plus rentable que l’inaction. Les décideurs politiques devraient s’inspirer de l’expérience du Sri Lanka après le cyclone Ditwah et rétablir un développement national à long terme sensible aux risques. Leurs cadres devraient inclure l’application d’évaluations scientifiques rigoureuses des projets, le renforcement de la coordination institutionnelle et une planification nationale et physique intégrée afin de réduire la vulnérabilité aux catastrophes.






