• 16 Apr 19
  • Posted by Halim, Daniel , Kleemans, Marieke , Akresh, Richard
  • Education

Construction d’écoles : un moyen de dynamiser les résultats à long terme et intergénérationnels

L’investissement dans la construction d'écoles favorise-t-il des niveaux de scolarisation plus élevés - et ses effets améliorent-ils les conditions de vie futures des étudiants et des générations à venir ? Cet article examine l’impact de la construction de plus de 61 000 écoles primaires par le gouvernement indonésien entre 1973 et 1979, doublant quasiment le nombre d’écoles dans le pays. Les données probantes montrent que les hommes et les femmes qui ont accédé à l’éducation fournie dans le cadre du programme de construction d'écoles ont bénéficié d’importantes améliorations dans leur éducation et dans leurs conditions de vie futures. Il en va de même pour leurs enfants.

Les gouvernements des pays en développement dépensent environ 1 billion de dollars chaque année dans l’éducation, et les ménages dépensent des centaines de milliards supplémentaires pour l’éducation de leurs enfants. Quels sont les retours à long terme de ces investissements en termes de niveau d’instruction, de conditions de vie futures des personnes et de développement économique global ?

Les dépenses publiques consacrées à l’éducation peuvent prendre plusieurs formes, y compris des interventions au profit des enseignants, des programmes de financement d’écoles, des programmes de virement de fonds et, bien entendu, une forme courante et directe de dépenses en matière d’éducation, à savoir la construction d’écoles. Bien que ces programmes soient souvent motivés par la conviction que l'augmentation de l'éducation se traduira par un développement et une croissance économiques accrus, il existe un débat considérable sur l'efficacité de la scolarisation dans la stimulation de la croissance économique.

En réalité, il est souvent difficile d’évaluer les effets de la construction d’écoles car le choix du niveau d’éducation à obtenir est lié à de nombreuses caractéristiques différentes des individus, des ménages et des communautés.

Au cours des dernières années, des progrès ont été enregistrés en utilisant des « expériences aléatoires ». Cependant, l’examen de plus de 100 interventions dans des écoles primaires dans les pays en développement a montré que la vaste majorité des évaluations a eu lieu juste après la fin de l’intervention. Ceci est regrettable, car les objectifs ultimes sont les améliorations dans les conditions de vie futures et l’ensemble du développement économique. On ignore si les effets du programme persistent ou disparaissent au fil du temps.

Construction d’écoles en Indonésie

Dans une étude récente, nous avons analysé l’impact de l’un des plus grands programmes de construction d’écoles primaires jamais exécutés sur une gamme variée de résultats à long terme et intergénérationnels, dont plusieurs n’ont jamais fait l’objet d’étude par le passé.

Entre 1973 et 1979, le gouvernement indonésien a construit plus de 61 000 écoles primaires, doublant quasiment le nombre d’écoles primaires dans le pays. Ce programme de construction massive d’écoles a été financé en partie par le boom pétrolier ayant entraîné l’accroissement des recettes de l’État.

Le programme a été conçu dans l’objectif spécifique de réduire les disparités régionales. Ainsi, il ciblait les zones où la scolarisation dans les écoles primaires était faible, en particulier dans les îles externes d’Indonésie.

La figure 1 présente une carte de l’Indonésie illustrant la répartition géographique du nombre d’écoles construites dans chaque district. En moyenne, le programme a permis d’ajouter plus de 200 écoles par district ce qui correspond à deux écoles pour 1 000 enfants en âge d’école primaire.

 

Figure 1. Répartition spatiale des écoles construites entre 1973 et 1979 en Indonésie

Le gouvernement a recruté, formé et versé les salaires de nouveaux enseignants pour ces nouvelles écoles construites. Toutefois, selon la Banque mondiale, le pourcentage d'enseignants possédant le diplôme minimum requis pour l'obtention d'un diplôme de fin d'études secondaires n'a pas changé au cours de cette période.

Les données nationales représentatives de l'Indonésie pour 2016, que nous avons utilisées, contiennent des informations sur une gamme variée de résultats liés à l’éducation, à l’emploi, à la migration, aux conditions de vie, à l’impôt et au mariage. Nous utilisons l’analyse de « l’écart dans les différences » en nous basant sur les variations entre les districts géographiques dans le nombre d’écoles construites et dans les cohortes de naissance pour déterminer si elles ont bénéficié ou non de l’accès aux nouvelles écoles.

Effets à long terme de l’éducation

La figure 2 résume nos principales conclusions et montre les importantes améliorations dans une vaste gamme de résultats (chacun combiné dans un index). Sans surprise, la construction des écoles a conduit à l’amélioration des résultats en matière d’éducation.  Une étude précédente l’a montré pour les hommes – et nous confirmons que cela a également amélioré l’éducation des femmes.

À l’âge adulte, les hommes qui ont bénéficié de la construction d'écoles sont plus susceptibles d’être employés, de travailler dans le secteur formel, de travailler dans le secteur non agricole et de migrer. Les femmes qui ont profité de la construction d’écoles sont plus susceptibles de migrer et d’avoir moins d’enfants.

Les ménages dans lesquels l’un des parents a bénéficié de la construction d’écoles ont de meilleures conditions de vie, ont un meilleur logement, sont plus actifs et sont disposés à payer plus de taxes. Même si les investissements dans la nutrition et la santé augmentent, nous ne notons aucune amélioration dans les résultats en termes de santé. La construction d’écoles a conduit à l’amélioration des résultats du marché du mariage, les époux étant plus éduqués, plus susceptibles d’être alphabétisés et plus susceptibles d’avoir migré.

 

Figure 2. Effets de la construction d’écoles sur les indices de résultats à long terme et intergénérationnels

 

La figure 3 souligne la dynamique hommes-femmes des effets de la construction d’écoles sur le niveau d’éducation. Elle montre le changement dans la probabilité d’achever au moins un certain nombre d’années d’éducation. Pour les femmes, les effets sont concentrés au niveau de l’école primaire, alors que pour les hommes l’effet s’étend tout au long du premier et du deuxième cycle de l’enseignement secondaire.

Figure 3: Effets de la construction d’écoles sur la probabilité qu’un individu de la première génération achève au moins n années de scolarité

 

Effets intergénérationnels de l’éducation

Les parents qui ont bénéficié de la construction d’écoles transmettent ces avantages à la génération suivante.

La figure 4 indique la probabilité qu’un enfant d’une deuxième génération achève au moins un certain nombre d’années de scolarité. Nous examinons les effets selon que le père ou la mère a bénéficié de la construction d’écoles et selon que l’enfant est un garçon ou une fille.

Nous n'avons constaté aucun effet pendant l’éducation primaire étant donné que l’éducation primaire est quasi universelle pour les individus de deuxième génération. Toutefois, les effets s’étendent tout au long de l’enseignement secondaire et supérieur. Par rapport aux niveaux de base, les impacts les plus importants sont dans l’enseignement supérieur, avec des effets indiquant une augmentation de 20 à 25 % de la probabilité que l’enfant de la deuxième génération termine des études universitaires.

La figure 4 révèle également d’importantes différences entre hommes et femmes. Les parents ayant bénéficié de la construction d’écoles constatent des effets considérables pour leurs filles par rapport à leurs garçons, et une mère ayant bénéficié de la construction d’écoles a un impact intergénérationnel plus important qu’un père.

En élargissant la cible de l’étude précédente qui portait sur les hommes et en analysant l’impact de la construction d’écoles sur les femmes, nous avons découvert des différences dans les résultats de la première et la deuxième génération. Nous examinons les mécanismes qui sous-tendent la transmission intergénérationnelle de la scolarité. Les résultats sur le marché du mariage semblent jouer un rôle essentiel, en particulier selon que l’époux(se) a achevé l’école primaire, est alphabétisé(e), travaille dans le secteur formel, ou travaille en dehors du secteur agricole.

Figure 4. Effets de la construction d’écoles sur la probabilité qu’un individu de la deuxième génération achève au moins n années de scolarité

Taux de rendement et impacts fiscaux de la construction d’écoles

Pour quantifier les implications politiques, nous avons conduit une analyse de rentabilité dans laquelle nous avons créé un modèle de comptabilité pour calculer les coûts de construction d’écoles et les avantages ultérieurs escomptés pour le gouvernement en termes d’augmentation des recettes fiscales et d’amélioration globale des conditions de vie de population indonésienne.

Notre analyse de rentabilité révèle que dans toutes les hypothèses raisonnables, la construction d’écoles est rentable en ce qui concerne les recettes fiscales attendues, sans parler des avantages supplémentaires de l’amélioration des conditions de vie.

Nous pouvons conclure que la construction d’écoles entraîne l’accroissement des recettes fiscales qui  compensent directement les coûts de construction dans un délai de 40 ans. De plus, la crise en compte de l’amélioration du niveau de vie de la population indonésienne montre d’importants taux de rentabilité internes, de l’ordre de 13 à 21 %, et des avantages supérieurs aux coûts dans un intervalle de 17 à 30 ans après la construction des écoles.

En outre, compte tenu de la transmission de l'éducation observée d'une génération à l'autre, les avantages probables à long terme sont encore plus importants. Ces résultats appuient fortement la rentabilité des interventions de construction d'écoles.

 

Auteurs:

Richard Akresh est professeur agrégé d’économie à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Ses travaux de recherche portent essentiellement sur la santé et l’éducation de l’enfant. 

Daniel Halim est expert en micro-économie appliquée. Il travaille dans le Groupe de travail chargé de l’égalité des sexes du Groupe de la Banque mondiale.  Il a de l'expérience avérée en matière de recherche dans les domaines suivants : travail, éducation et genre.

Marieke Kleemans est actuellement professeure adjointe au département d'économie de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign, ayant des intérêts de recherche dans les domaines de l’économie du développement et de l’économie du travail et travaillant sur des questions liées aux migrations