Incitations à l’innovation inclusive

Comment les décideurs politiques peuvent-ils concevoir des mesures incitatives pour une innovation inclusive ? L’auteur de cet article explique que  les décideurs doivent tout d'abord  clairement définir l’objectif qu’ils veulent atteindre : apporter des produits et services innovants aux populations, ou intégrer les populations dans le processus d’innovation. Dès que l’intention est clairement définie, il existe un éventail de politiques possibles, y compris les incitatifs fiscaux, les modifications règlementaires, l'utilisation des procédures de marché public, le soutien aux groupements, aux accélérateurs et aux instituts, la promotion du développement des marchés boursiers, ainsi que l’éducation et la formation.

Au lendemain de la crise financière mondiale, les taux de croissance économique ont stagné, les décideurs politiques ont porté leur attention sur la promotion de l’innovation avec une ferveur particulière dans l’espoir de restaurer la prospérité, créer des emplois et renforcer la compétition des économies nationales.

Parallèlement, compte tenu de la montée des inquiétudes concernant le fait que l’innovation technologique cause des dommages environnementaux et entraîne davantage d’inégalités sociales, les décideurs considèrent de plus en plus l’innovation comme une chose plus grave que le processus de « destruction créatrice » dont parle Schumpeter ou qui repousse vers l’avant les frontières technologiques. Eu égard aux objectifs du développement durable et de la colère généralisée face à la montée des inégalités, les notions « d’innovation durable » et « d’innovation inclusive » sont  désormais au centre des débats.

Par conséquent, comment pouvons-nous promouvoir l’innovation inclusive ? Premièrement, il est important d’être précis en ce qui concerne l’objectif, d’autant plus qu’il existe deux conceptualisations distinctes de « l’innovation inclusive ». L’une met l’accent sur l’innovation comme un produit ou un service qui peut permettre de trouver des solutions aux problèmes d’inclusion sociale ; l’autre est centrée sur l’intégration des personnes, des lieux et des industries dans les processus et les activités d’innovation.

En d’autres termes, l’innovation inclusive concerne soit les produits ou les services d'innovation qui profitent aux membres de la société (et souvent le développement dans un contexte spatial), soit l’intégration des populations dans le processus d’innovation.

L’idée de l’innovation inclusive centrée sur les populations, qui est généralement utilisée par l’OCDE, renvoie à l’inclusion des groupes sous-représentés (femmes, minorités et personnes souffrant de handicaps) dans des activités commerciales d'innovation. Un rapport publié par l’OCDE conçoit les politiques d'innovation inclusive comme étant des actions raisonnées « qui visent à lever les obstacles qui entravent la participation des personnes, des groupes sociaux, des entreprises, des secteurs et des régions sous-représentés aux activités novatrices. »

La diversité (concept renvoyant à des personnes qui présentent différentes caractéristiques et collaborent entre elles, souvent en milieu professionnel) est encouragée par des processus d’inclusion. Quand on parle d’inclusion, il s’agit plus des perceptions que les gens ont à propos de leur inclusion, et pas seulement de l’existence de personnes ayant des caractéristiques distinctes.

Dans ce contexte, les politiques visant à encourager l’inclusion dans les activités innovantes ciblent l’accroissement de la participation et l’intégration substantielle aux groupes sous-représentés. Les politiques ciblées encouragent les femmes, les minorités et les personnes souffrant de handicaps à participer aux activités novatrices par le biais des concours, ainsi qu’en élargissant les incitatifs fiscaux, l’éducation et la formation, et les programmes de subventions.

L’autre compréhension de l’innovation inclusive, évoquée souvent dans les contextes des pays en développement,  comme par exemple dans certains projets de la Banque mondiale au Vietnam, met l’accent sur l’innovation en tant que produit, c’est-à-dire comme un moyen d’intégrer les groupes marginalisés et d’impulser le développement et la croissance inclusive.

Dans ce cas, l’innovation inclusive renvoie au potentiel que les innovations technologiques ont d’atteindre des groupes sociaux (ou des régions) particuliers afin qu’ils bénéficient des innovations. Les mesures politiques peuvent prendre la forme d’initiatives de promotion technologique, telles que le financement de technologies qui visent la résolution des problèmes sociaux (par exemple, l’amélioration de la productivité agricole, la lutte contre le problème de solitude lié à la démographie vieillissante, etc.).

Dans cet effort de transformation de l’innovation inclusive en action politique, les décideurs politiques conçoivent des concours, des subventions, des incitatifs fiscaux et d’autres mesures pour trouver des solutions aux problèmes sociaux auxquels sont souvent confrontés certains groupes.

 

Inclusion dans les processus d’innovation

Utilisation de l’innovation technologique pour encourager l’inclusion sociale

Objectif politique

Accroître l'inclusion des groupes sous-représentés, en tant que participants, dans des activités d’innovation.

Encourager les innovations technologiques qui visent à combattre les problèmes sociaux auxquels font face des groupes particuliers.

Critères de ciblage politique

Cible par caractéristiques de participants

Ouverts aux participants, orientés vers la capacité à résoudre le problème.

Indicateurs clés de performance (KPI)

Nombre et degré de participation d’un groupe dans les activités d’innovation

Données sur l’objectif social (par exemple, la vente des produits par le biais d'une application en ligne)

Exemple

Programme de financement afin d’apporter un soutien financier de départ en faveur des femmes-chefs d’entreprises dans le secteur de la haute technologie.

Concours sur la conception de nouvelles technologies pour améliorer les ventes et la distribution de produits agricoles des communautés reculées.

Pour revenir à la question de la motivation : comment les décideurs politiques peuvent-ils concevoir des mesures incitatives pour une innovation inclusive ? Lorsque les décideurs politiques conçoivent les politiques d’innovation inclusives, ils doivent d’abord clairement définir l’objectif qu’ils visent : faire participer les populations à l’innovation, ou apporter l’innovation aux populations (ou problèmes.)

Dès lors qu’ils ont établi l’objectif, leurs outils de ciblage pourraient alors être orientés vers les caractéristiques des participants, dans lesquels les indicateurs clés de performance (KPI) reflètent leurs objectifs d’accroître les activités au sein des groupes démographiques sélectionnés. La cible des politiques pourrait également être la capacité des entrepreneurs à utiliser l’innovation technologique pour résoudre un problème social, auquel cas les KPI seront axés sur les performances en matière d’atténuation du problème.

Une fois que les objectifs sont clairement définis - et que les KPI et le calendrier ont été élaborés – la formulation de la politique d'innovation se focalise donc sur l’identification des instruments politiques à mobiliser. Il existe un véritable éventail de mesures politiques, y compris les financements, les incitatifs fiscaux, les modifications règlementaires, l’utilisation des procédures de marché public, le soutien aux groupements, aux accélérateurs et aux instituts, la promotion du développement des marchés boursiers, ainsi que l’éducation et la formation.

Une combinaison de politiques à horizons temporels de courte et longue durées peut susciter un élan initial et promouvoir des processus de changement social plus efficaces.

Collectivement, les deux types de politiques d’innovation inclusive peuvent accroître la participation aux processus d’innovation et mettre à contribution l’innovation technologique afin de résoudre le problème de l’inclusion sociale. Toutefois, la clé est d’être clair sur les intentions au lieu de viser les deux objectifs à la fois.

 

Auteur:

Robyn Klingler-Vidra est maître de conférences en économie politique au département du développement international du King's College de Londres.