L’initiative « La Ceinture et la Route » de la Chine devrait-elle traverser les pôles ?

L’initiative « La Ceinture et la Route » de la Chine a pour objectif de promouvoir les liens et la coopération entre les pays, les régions et les continents. Cet article présente certains coûts et avantages potentiels, notamment en soulevant des préoccupations quant à la présence croissante de la Chine dans l’Arctique et l’Antarctique – deux régions riches en ressources naturelles, mais où la protection environnementale est indispensable pour la planète entière.

Aujourd’hui, la Chine est un contributeur important au développement de la communication, du transport et des infrastructures à l’échelle mondiale. Elle est également une promotrice clé de la coopération internationale, comme l’ont démontré ses initiatives récentes, notamment l’initiative « La Ceinture et la Route ». Son ascension économique et géopolitique est un élément central du monde globalisé, et le crédo de son président est énoncé dans le document intitulé « Silk Road spirit of peace and cooperation, openness and inclusiveness, mutual learning and mutual benefit » (L’esprit de la Route de la soie marqué par la paix, la coopération, l’ouverture, l’inclusion, l’apprentissage     mutuel, la réciprocité et l’esprit gagnant-gagnant)  (NDRC, 2015).

Toutefois, en raison de son rôle grandissant, il est plus important que jamais que la Chine ne perde pas de vue les problèmes environnementaux, en particulier dans un monde de plus en plus interconnecté.

L’initiative « Une Ceinture, une Route » est désormais rebaptisée l’initiative « La Ceinture et la Route », afin de souligner le fait qu’il n’existe pas une seule ceinture et une seule route, mais plusieurs ceintures et plusieurs routes continentales et maritimes. La géométrie variable de l’initiative « La Ceinture et la Route » est moins comprise par les partenaires de la Chine, même si elle est simple et claire : l’initiateur propose un cadre de coopération généreux, qui sera conjointement élaboré en collaboration avec les pays partenaires et des institutions financières conformément aux priorités transfrontalières et régionales communes.

Plusieurs pays (mais non les États-Unis) ont accueilli favorablement l’initiative « La Ceinture et la Route », mais un certain nombre de préoccupations persistent, au nombre desquelles : le manque de communication et de clarté ; la longue période d’exécution ; l’absence d’un engagement ferme concernant les questions sociales et environnementales ; l’impact des entreprises chinoises sur la concurrence mondiale ; et l’accent mis sur les intérêts de la Chine (Service de recherche du Parlement européen, Arduino, 2016, Godement, 2015).

En 2049, la République populaire de Chine célèbrera son centième anniversaire. L’objectif fondamental de la « Nouvelle route de la soie » est de développer des infrastructures et de renforcer la connectivité et la coopération entre les pays, les régions et les continents. Elle a vocation à être une garante de la paix et la stabilité, à l’inverse de l’escalade actuelle de l’incertitude, l’hostilité et le terrorisme. 

Sans aucun doute, la Chine effectue un travail appréciable, même si ses objectifs économiques fusionnent avec ses objectifs géopolitiques. Selon Cheng (2015) et UNDP-CCIEE (2016), l’initiative « La Ceinture et la Route » traversera 70 pays, et contribuera à diversifier les marchés d’exportation de la Chine ; dynamiser la croissance économique, tant au niveau régional que mondial ; renforcer la présence de la plus grande économie asiatique dans les affaires internationales ; réduire la dépendance du monde à l’égard du dollar ; accélérer l’internationalisation du renminbi ; et assurer la sécurité alimentaire et énergétique.

Au-delà de tels résultats généralement positifs, l’initiative « La Ceinture et la Route » a des conséquences potentiellement plus dévastatrices sur l’environnement. Depuis le début de 2017, les discussions internationales sur l’initiative ont permis d’aborder un nouveau sujet : l’intégration des régions Arctique et Antarctique dans la « Nouvelle route de la soie ». Cette situation a même entraîné encore plus de tensions entre les enthousiastes, les partisans, les opposants et les critiques du plus grand projet au monde jamais proposé par un seul pays. 

La Chine a obtenu le statut d’observateur au Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental, en mai 2013, plusieurs mois avant l’annonce de l’initiative « Une Ceinture, une Route ». En 2017, la Chine a abrité la Réunion consultative du Traité de l’Antarctique à Beijing, qui trouve un écho chez le Professeur Hu Angang de l’Université de Tsinghua et qui se résume en l’expression suivante : « Une Ceinture, une Route et un Cercle » (Huang, 2017).

Il existe un lien clair entre le changement climatique et les nouvelles possibilités d’affaires en Antarctique, notamment l’exploration pétrolière et gazière, l’extraction minière, le transport maritime, le tourisme et la pêche (Masters, 2013). « Infrastructures insuffisantes » est l’expression désormais utilisée, désignant les régions riches en ressources naturelles, mais qui ont une connectivité limitée et des populations clairsemées. Cela ne doit pas détourner l’attention de la protection de l’environnement, qui, comme ailleurs, devrait constituer la priorité dans l’Arctique.

Comme pour l’Antarctique, actuellement, une interdiction d’activités d’exploitation minière et de ressources minérales est en vigueur jusqu’à 2048 au moins dans le cadre du Protocole de Madrid sur la protection de l’environnement en Antarctique (signé en 1991 et mis en œuvre depuis 1998). D’après le protocole, l’Antarctique est une « Réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». La Chine – signataire du Traité sur l’Antarctique en 1983 (24 ans après sa création) et du Protocole de Madrid en 1991 – semble déterminée à soutenir la responsabilité partagée et mondiale pour la protection de cette région.

Par conséquent, la présence de la Chine aux Pôles Nord et Sud s’accompagne de nouvelles variables. Tous les pays doivent maintenir un équilibre approprié entre l’environnement et l’économie (Brown, 2017). Les progrès technologiques peuvent permettre de réduire la pression sur les ressources et d’obtenir cet équilibre, au profit de tous.