Environnement, énergie et nature

Biodiversité et développement durable : un agenda pour la science et la politique

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Romesh Vaitilingam

La menace que représente le changement climatique pour le développement est désormais largement comprise : l’impact de la crise de la biodiversité est moins reconnu. La Conférence mondiale sur le développement 2023 a mis en lumière les fondements écologiques de nos économies, de nos moyens de subsistance et de notre bien-être, et a montré qu’une collaboration efficace entre les différents secteurs de la société est essentielle pour trouver des solutions « positives pour la nature » pour le développement durable.

« Une croissance économique et un développement véritablement durables impliquent de reconnaître que notre prospérité à long terme repose sur un rééquilibrage entre notre exigence de biens et de services naturels et la capacité de la nature à les fournir. Cela signifie également qu’il faut tenir compte de l’impact de nos interactions avec la nature à tous les niveaux de la société. »

C’est par ces mots forts que Partha Dasgupta, de l’université de Cambridge, ouvre son étude indépendante sur l’économie de la biodiversité, commandée par le gouvernement britannique et publiée en 2021. À l’instar du rapport Stern, publié 15 ans plus tôt, qui mettait en garde contre les coûts de l’inaction face au changement climatique, le rapport final de M. Dasgupta explore les dangers de la perte de biodiversité – le déclin de la variété et de l’abondance des espèces et des écosystèmes – et ce qui peut être fait pour préserver les fondements écologiques de nos économies, de nos moyens de subsistance et de notre bien-être.

Le rapport Dasgupta a été publié avant la 15e conférence des parties (COP15) à la convention des Nations unies sur la diversité biologique, qui s’est tenue en décembre 2022 et qui a débouché sur un nouvel accord international. Le Cadre mondial pour la biodiversité (CMB) de Kunming-Montréal, adopté lors de la COP15, présente un plan visant à préserver la nature et à garantir qu’elle soit un moteur d’emploi et de croissance à long terme qui réduise également les émissions de carbone. Les principaux engagements sont les suivants, d’ici à 2030 :

  • protéger 30 % des terres, des océans, des zones côtières et des eaux intérieures de la planète – l’aspiration « 30×30 » ;
  • réduire de 500 milliards de dollars les subventions publiques annuelles qui encouragent les activités nuisibles à l’environnement ;
  • et réduire de moitié le gaspillage alimentaire.

La conférence 2023 du réseau mondial de développement (GDN) s’est concentrée sur ce que ces ambitions signifient pour les politiques publiques, les pratiques commerciales et la société civile. La rencontre, qui a rassemblé des chercheurs/euses, des responsables politiques et des praticien(ne)s de divers horizons venus du monde entier, en particulier du Sud, a été organisée en partenariat avec Future Earth et accueillie par l’Universidad San Francisco de Quito, en Équateur. Ce lieu semblait particulièrement approprié étant donné que l’Équateur est l’un des pays les plus mégadivers du monde, c’est-à-dire ceux qui abritent la majorité des espèces de la planète et un grand nombre d’entre elles sont endémiques.

Le défi de la perte de biodiversité pour le développement

La Terre est confrontée à un dangereux déclin de la nature en raison de l’activité humaine. Selon la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), un million d’espèces de flore et de faune, soit près d’un quart du total mondial, sont menacées d’extinction en raison de la déforestation, de la perte d’habitat, de la surexploitation, de la pollution et du changement climatique.

Cette perte de biodiversité a des conséquences considérables, notamment la perturbation des services écosystémiques, tels que la pollinisation, la régénération des sols et la séquestration du carbone, qui sont essentiels au bien-être de l’homme.

Mais un changement de cap est possible. Comme l’a déclaré Odile Conchou, de l’Agence française de développement, en ouvrant l’une des séances plénières de la conférence, le Forum mondial sur l’environnement a tracé la voie vers « un monde vivant en harmonie avec la nature d’ici 2050 » et il est maintenant temps d’agir. Cela nécessite une coopération locale, nationale et mondiale entre le secteur public, le secteur privé et la société civile.

Un financement adéquat est essentiel pour assurer la protection de la biodiversité, la conservation des écosystèmes et éviter l’épuisement excessif du capital naturel (le stock mondial d’actifs naturels). Il est également essentiel d’aligner ces objectifs sur les autres objectifs du développement durable : la lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique.

Pauvreté, inégalités et développement durable

Plusieurs sessions de la conférence se sont concentrées sur les liens et les compromis possibles entre la perte de biodiversité, le changement climatique, la pauvreté et l’inégalité mondiale. Par exemple, Luciano Andriamaro de Conservation International Madagascar, a fait remarquer que de nombreuses communautés dépendent des services écosystémiques mis en danger par la crise climatique, et que l’exploitation des ressources est également à l’origine de la perte de biodiversité. Deshni Pillay, de l’Institut national sud-africain de la biodiversité, a quant à elle examiné les avantages liés au maintien des infrastructures écologiques de son pays, qui ont le potentiel de créer des emplois et d’améliorer la sécurité alimentaire et hydrique.

Ivan Borja, consultant indépendant, a décrit la nécessité d’augmenter la productivité agricole en Équateur. Cela permettra non seulement d’augmenter les revenus des agriculteurs et agricultrices, mais aussi de freiner la disparition des forêts naturelles, qui nuit à la fois au climat et à la biodiversité. Hajer Kratou, de l’université d’Ajman, a adopté une perspective plus macro, en étudiant les effets de la perte de biodiversité sur les inégalités dans 60 pays sur une période de 25 ans. Son analyse confirme l’impact dévastateur de la déforestation sur l’accès à la nourriture et à l’eau des communautés les plus vulnérables.

Les systèmes alimentaires et l’équilibre entre production et conservation ont été longuement discutés au cours de la conférence, notamment lors d’une conversation entre Jyotsna Puri, du Fonds international de développement agricole, et Elena Lazos Chavero, de l’Universidad Nacional Autónoma de Mexico. Elles ont souligné l’importance de placer les questions de biodiversité au cœur des secteurs de l’agriculture et de la pêche et, en particulier, la nécessité de s’attaquer au tiers de la production alimentaire qui est gaspillé, principalement dans les pays du Nord. La question de la propriété de la terre et de la production soulève des problèmes délicats lorsqu’un tiers des aliments est produit par de petits exploitants et le reste par des sociétés transnationales.

Peuples autochtones et communautés locales

Un autre thème récurrent de la conférence était l’importance de travailler avec les communautés locales, y compris les populations autochtones qui représentent 5 % de la population mondiale mais vivent dans des lieux qui abritent 80 % de la biodiversité de la planète. Girma Kelboro Mensuro, de l’université de Bonn, a fait valoir que dans les tropiques, les hommes et la nature « appartiennent à la même famille » et interagissent plus étroitement. Pour les communautés indigènes, a-t-il expliqué, la biodiversité est plus qu’une source de ressources : c’est aussi leur histoire et leur appartenance – « la culture définit la nature et la nature affecte la culture ».

Comment réagir en termes d’élaboration de politiques, voilà le défi. Laila Thomaz Sandroni, de l’Institut interaméricain de recherche sur le changement global, a souligné que, bien que les « peuples autochtones et les communautés locales » soient cités 16 fois dans le CMB, leur inclusion est basée sur des politiques qui sont souvent menées par d’autres acteurs et institutions. Le cadre, a-t-elle ajouté, témoigne d’une prise de conscience croissante, mais il n’envisage pas de modifier entièrement les asymétries de pouvoir préexistantes : les principaux instruments de protection du 30×30 sont les mêmes que ceux qui ont produit des injustices dans le passé.

Marla Emery, coprésidente du rapport d’évaluation de l’IPBES sur l’utilisation durable des espèces sauvages, a cité un exemple de conflit potentiel entre les solutions scientifiques aux menaces environnementales et les moyens de subsistance des populations autochtones. Les éoliennes construites en Norvège sur les terres ancestrales du peuple Sami ont suscité une vive controverse, opposant la demande d’énergie renouvelable au droit des éleveurs/euses de rennes à préserver leur culture.

Objectifs et mesures

Parmi les éléments clés du CMB figurent quatre objectifs pour 2050 et 23 cibles pour 2030. Dans les affaires mondiales, ces objectifs se situent désormais aux côtés des engagements de zéro net de l’Accord de Paris sur le changement climatique, et des 169 cibles des Objectifs de développement durable.

La question de savoir si ces objectifs constituent un moyen efficace de faire évoluer les choses a été largement débattue lors de la conférence. L’opinion générale semble être qu’il s’agit d’un « mal nécessaire ». Vanessa Ushie, de la Banque africaine de développement, a suggéré qu’ils permettent un effort de coordination au niveau mondial : « Nous avons besoin de plus de recherche, de connaissances et d’engagement de la part des différentes parties prenantes de la société, et des objectifs intégrés pourraient aider le secteur privé à comprendre. ».

De nombreux autres systèmes de mesure pourraient également s’avérer utiles pour lutter contre la perte de biodiversité. L’un d’eux est la typologie des écosystèmes mondiaux de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui vise à identifier les écosystèmes les plus importants pour la conservation de la biodiversité, la recherche, la gestion et le bien-être humain. Une autre, introduite par Alison Fairbrass de l’University College London, évalue les performances des pays en matière de « durabilité environnementale forte » . Cette mesure est basée sur des normes scientifiques qui représentent la situation dans laquelle le capital naturel peut maintenir ses fonctions au fil du temps.

L’un des thèmes dominants des discussions autour de tous ces objectifs et mesures était la nécessité de remédier à l’incapacité persistante de valoriser la nature d’une manière qui ait un impact réel sur le comportement humain. Comme l’indique un article paru dans Nature en août 2023, « Vingt-cinq ans après les publications fondamentales sur l’évaluation des services écosystémiques pour le bien-être humain, la résolution de la crise mondiale de la biodiversité implique toujours d’affronter les obstacles à l’intégration des diverses valeurs de la nature dans la prise de décision. »

Ce problème était au cœur de l’étude de Partha Dasgupta. Selon lui, le produit intérieur brut n’est plus adapté pour juger de la santé économique des nations. Il conclut qu’il est basé sur une application erronée de l’économie qui ne tient pas compte de la dépréciation des actifs, telle que la dégradation de la biosphère.

Lors de la conférence, Simon Levin, de l’université de Princeton, coauteur avec M. Dasgupta d’une étude récente sur les facteurs économiques à l’origine de la perte de biodiversité, a parlé de « richesse inclusive ». Ce concept englobe non seulement le capital physique et humain, mais aussi le capital naturel. Il ne tient pas seulement compte du stock total de capital naturel, mais aussi de sa répartition au sein de l’humanité, tout en reconnaissant que « nous sommes ancrés dans la nature ». Il peut être utilisé pour identifier les réformes institutionnelles à introduire pour gérer les biens publics mondiaux, tels que les océans, l’atmosphère et les forêts tropicales humides.

La conclusion de Dasgupta et Levin est un appel à l’action : « L’enracinement de l’humanité dans la nature a des implications considérables sur la façon dont nous devrions envisager les activités humaines – dans les foyers, les communautés, les nations et le monde. » Ce thème a été repris tout au long de la conférence et dans le discours de clôture de Jean-Louis Arcand, président du GDN.

M. Arcand a insisté sur la nécessité de poursuivre la collaboration pour parvenir à un développement « positif pour la nature ». Cela doit se faire à tous les niveaux : entre les secteurs public et privé, au niveau des perspectives locales et globales, des sciences naturelles et sociales, et entre les chercheurs/euses et les responsables politiques.

La photographie accompagnant l’article et intitulée « L’amour est dans l’océan » a été prise par Santiago Sainz-Trápaga. Elle a remporté la troisième place du concours photo organisé par le GDN en collaboration avec le WWF Équateur lors de la conférence 2023 du GDN sur la biodiversité et le développement.

Romesh Vaitilingam
Écrivain économique