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Santé et hygiène

Transformation de la santé mondiale : ne perdons pas de vue le tableau complet

5 min

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Julian Eckl

Les objectifs de développement durable (ODD) ont le potentiel d’impulser une transformation de la santé à l’échelle mondiale qui va bien au-delà des objectifs représentés par les indicateurs individuels. L’auteur soutient que même si la fascination de certaines institutions de développement concernant l’éradication des maladies « célèbres » et le désir de rendre les progrès mesurables sont compréhensibles, la véritable promesse des ODD concernant la santé mondiale réside dans la perspective du développement inclusif.

Les Objectifs de développement durable (ODD) représentent un effort sans précédent pour admettre la complexité et l’inter-connectivité des défis internationaux, et faire face à ces problèmes à travers des interventions ciblées. Pourtant, s’il est vrai que ces interventions pourraient de façon collective aider à résoudre des problèmes complexes, il n’en demeure pas moins que le fait de se focaliser sur les objectifs individuels entraîne la simplification excessive des problèmes et la perte de la perspective générale.

Dans une perspective de santé mondiale, cette ambivalence peut être illustrée par les considérations suivantes. Pour commencer, il existe un risque que trop d’attention soit accordée aux maladies infectieuses et que la lutte contre ces maladies soit interprétée dans le sens biomédical étroit de l’éradication des maladies. Ceci est problématique pour au moins deux raisons :

  • premièrement, cela menace de marginaliser l’approche globale et équitable des ODD, qui est pleinement soutenue par des recherches menées sur les déterminants sociaux de la santé ;
  • deuxièmement, l’éradication des maladies est convaincante sur le plan conceptuel, mais extrêmement difficile dans la pratique. Deux signes clairs des complexités systématiquement ignorées sont les tentatives ratées d’éradication et le fait – qu’elles soient réussies ou non – qu’elles aient coûté bien plus que prévu. Cette tension entre la clarté conceptuelle et la complexité pratique entraîne souvent une situation dans laquelle les personnes impliquées dans les activités de plaidoyer ne peuvent pas attendre pour annoncer « une campagne d’éradication » ou « une fin de partie », alors que les chercheurs qui travaillent sur l’évolution d’une maladie tendent à être plus conscients des défis à venir et voudront que cette maladie soit éradiquée en premier.

Par conséquent, un débat confus sur la terminologie, qui est en vérité un débat sur la stratégie globale, se crée. Par exemple, le slogan du Fonds mondial qui est : « éradiquer » les trois principales maladies infectieuses « comme pandémies », a conduit à une confusion étant donné que certaines personnes ont omit l’expression « comme pandémies » ce qui a créé l’impression que la fin de ces maladies était proche – bien que la résistance aux médicaments et d’autres défis indiquent le contraire.

De façon similaire, même si l’Organisation mondiale de la Santé a prudemment mis en place un Groupe consultatif scientifique pour débattre de la faisabilité de l’éradication du paludisme, Bill Gates et Ray Chambers se sont empressés de devancer ces processus et ont créé le Conseil pour mettre fin au paludisme. Dans le même ordre d’idée, le partenariat Faire reculer le paludisme (RBM) qui a été rebaptisé Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme, fait également penser que l’éradication du paludisme est proche.

Étant donné que le dernier point a été expliqué en faisant référence à la cible 3.3 des ODD, qui a été formulé en s’appuyant sur le slogan du Fonds mondial « mettre fin au paludisme en tant que pandémie », les pièges dus au privilège donné aux cibles et aux indicateurs qui les mesurent doivent être clairs.

Le point clé est que le partenariat RBM pour en finir avec le paludisme reconnaissait l’importance des ODD, mais ne soulignait pas les effets positifs que les avancées en matière de développement durable dans l’ensemble auront sur le paludisme et sur la lutte contre diverses autres maladies, y compris les maladies non transmissibles. Cela renforce plutôt la préoccupation connue concernant les approches verticales qui ont une tendance inhérente à lancer un appel en faveur de l’éradication de chaque maladie – une tendance qui est davantage renforcée par la demande de résultats mesurables et attribuables de la part des bailleurs de fonds privés.

Les débats autour de la mesurabilité illustrent le risque d’opérationnaliser chaque cible de manière étriquée au point de marginaliser le caractère progressif et transformationnel des ODD. Cette question a été amplement discutée dans le contexte de la Couverture santé universelle (UHC), mais le problème va plus loin étant donné que même les indicateurs pour l’UHC qui ont finalement été choisis constituent un simple point de départ sur le chemin du droit à la santé.

Comme c’est le cas dans les pays dotés d’une UHC raisonnable, l’ajustement de la couverture santé, notamment l’accessibilité des services, présente suffisamment de défis pour nécessiter des débats politiques continus. En d’autres termes, si des droits étendus, notamment le droit à la santé, sont répartis en objectifs et cibles spécifiques qui seront ensuite mesurés via des indicateurs particuliers, le caractère complet original sera perdu automatiquement et nécessitera des discussions récurrentes sur la question relative aux aspects particuliers qui ont été oubliés.

En fin de compte, la mise en œuvre réussie des ODD nécessite l’implication des personnes et des institutions qui maintiennent l’accent sur le potentiel énorme des ODD qui va au-delà des cibles isolées étant donné qu’elles sont capturées dans les indicateurs individuels.

Les organisations de la société civile qui ont adopté une approche globale concernant les ODD dans un premier temps sont un point de départ évident. Mais, outre les groupes internationaux et les ONG, les citoyens et les activistes locaux devront défier les institutions clés de leurs systèmes politiques et économiques nationaux, ainsi que les institutions transnationales, à travailler en vue d’établir un développement inclusif et des sociétés inclusives – des sociétés qui s’appuient sur l’inclusivité sociale, écologique et relationnelle.

L’approche holistique de la santé mondiale peut entraîner des antagonismes politiques et cela implique certainement un changement social – mais les générations précédentes à travers le monde devaient également travailler d’arrache-pied pour réclamer leurs droits, et il a toujours été clair que les ODD ont effectivement établi un programme transformateur.

 

Julian Eckl
Lecturer, University of Hamburg