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Booster les résultats scolaires via la numérisation intégrée : le cas du Nigeria

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A A Isaac Tamson

Au Nigeria, les salles de classe restent largement déconnectées des systèmes qui rendent l’apprentissage numérique efficace. Selon les données, les résultats sont améliorés uniquement lorsque la connectivité est intégrée aux pratiques pédagogiques et aux cadres institutionnels. L’expérience du Nigeria met en évidence les limites des approches basées sur l’accès et l’importance d’une intégration à l’échelle du système.

La connectivité numérique a transformé la méthode de l’apprentissage, en déplaçant le focus de l’accès à l’information vers la capacité à naviguer et à utiliser efficacement les réseaux de connaissances. Les données provenant de systèmes éducatifs performants montrent que les avantages de la connectivité dépendent moins de l’accès seul que de la manière dont elle est intégrée dans l’enseignement et les systèmes scolaires. Cela fait écho aux conclusions du Rapport sur le développement dans le monde sur les dividendes du numériques de la Banque mondiale, qui soutient que la technologie n’améliore les résultats que lorsqu’elle est soutenue par des institutions et des compétences solides. 

L’Estonie est souvent citée comme exemple. Presque toutes les écoles sont connectées numériquement, et les plateformes numériques sont intégrées à l’enseignement, à l’évaluation et à l’administration scolaire grâce à des systèmes tels que eKool et Stuudium, qui permettent aux enseignants, aux élèves et aux parents de suivre en temps réel les devoirs, l’assiduité, les notes et les communications de l’école. Ces plateformes relient les élèves, les enseignants et les parents grâce à des systèmes intégrés pour les supports pédagogiques, la communication et la gestion scolaire. 

Les preuves issues de recherches comparatives confirment cette tendance. Une étude menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montre qu’un plus grand accès aux appareils numériques dans les écoles n’améliore pas, à lui seul, les résultats scolaires, en particulier lorsque la technologie n’est pas intégrée dans des pratiques pédagogiques structurées. 

Les enseignements du Nigeria

L’expérience du Nigeria suit la même logique. Les programmes de distribution d’appareils scolaires, notamment les initiatives impliquant des ordinateurs assemblés localement et du matériel de classe lié à Zinox Technologies, ont contribué à élargir l’accès aux outils numériques dans les écoles et les institutions publiques

Cependant, l’accès seul s’est rarement traduit par de meilleurs résultats. Cela était particulièrement vrai quand la formation des enseignants était limitée, l’électricité aléatoire, la maintenance insuffisante et la technologie mal intégrée au programme scolaire. Le matériel informatique peut créer des opportunités d’apprentissage numérique, mais sans un soutien durable sur la manière dont les enseignants l’utilisent en classe, les gains d’apprentissage ont peu de chances de suivre.

Source : Valeurs de l’indicateur IDI 2025

À l’échelle mondiale, l’accès à la connectivité demeure inégal. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), environ un tiers de la population mondiale n’a toujours pas accès à Internet, les écarts les plus importants étant concentrés dans les pays à faible revenu

Alors qu’une grande partie de l’Europe, de l’Asie de l’Est et de l’Amérique du Nord a atteint un accès quasi universel, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne continuent de faire face à des insuffisances importantes tant en matière d’accès que d’utilisation effective. Cette fracture ne concerne donc pas seulement les câbles, les tours ou la couverture haut débit, mais aussi la capacité des écoles à traduire la connectivité en meilleurs résultats d’enseignement et d’apprentissage.

Source : Valeurs de l’indicateur IDI 2025

Le paysage numérique inégal de l’Afrique et la visibilité de la recherche

Le fossé numérique en Afrique est souvent décrit comme un problème d’infrastructure, mais les preuves suggèrent une réalité plus complexe. Les niveaux de connectivité varient sensiblement à travers le continent. Des pays tels que le Maroc, l’île Maurice et l’Afrique du Sud se placent parmi les économies les plus connectées d’Afrique, tandis que le Nigeria, l’Ouganda, l’Éthiopie et la Tanzanie continuent d’être à la traîne en matière d’accès universel et significatif à Internet, selon l’indice de développement des TIC de l’UIT.

Cependant, une connectivité accrue ne se traduit pas automatiquement par des systèmes éducatifs ou de recherche plus solides. L’Afrique du Sud offre un contraste important. Elle combine une infrastructure numérique relativement avancée avec des universités qui dominent les classements mondiaux de la recherche en Afrique. Dans le dernier classement SCImago des institutions (SCImago Institutions Rankings), les institutions sud-africaines représentent plus de la moitié des 20 premières places africaines. Cela suggère que l’accès numérique peut favoriser la visibilité de la recherche lorsqu’il est combiné à des universités compétentes, à un financement de la recherche et à des institutions solides. L’exception confirme la règle.

Ce lien n’est pas automatique. Certains pays africains avec une connectivité relativement bonne ne réussissent pas toujours aussi bien dans les classements universitaires mondiaux. Le Maroc, par exemple, a réalisé des progrès considérables en matière d’accès au haut débit et d’accès mobile, mais cela ne s’est pas traduit par le même niveau de présence internationale dans le domaine de la recherche que l’Afrique du Sud. L’île Maurice a énormément investi dans la préparation numérique et les compétences en TIC, mais reste un acteur plus humble dans la production de recherche à l’échelle du continent.

Source : Valeurs de l’indicateur IDI 2025

Comment expliquer l’écart ? Les recherches sur les systèmes d’enseignement supérieur mettent en évidence des facteurs au-delà de la vitesse d’Internet : un financement durable, la formation doctorale, la collaboration internationale, les capacités de gestion de la recherche et les incitations à la publication sont tous importants. La connectivité aide les chercheurs à accéder aux revues, à partager des données, à collaborer à distance et à accroître leur visibilité – mais elle ne saurait remplacer les capacités institutionnelles.

Ceci est particulièrement pertinent pour le Nigeria. Les débats sur l’éducation numérique se concentrent souvent sur la couverture haut débit, la distribution d’appareils ou l’accès des étudiants. Ce sont des étapes nécessaires, mais pas suffisantes. Les preuves suggèrent que pour améliorer les résultats, il est essentiel de lier l’expansion numérique à la qualité de l’apprentissage, aux capacités des enseignants et aux performances institutionnelles.

Des signes de progrès sont visibles. Le Réseau nigérian de recherche et d’éducation (NgREN) a été conçu pour relier les universités via un haut débit partagé et des services académiques. Les efforts récents du gouvernement sur la culture numérique et le développement du haut débit signalent également une reconnaissance croissante du fait que l’éducation doit faire partie intégrante de la stratégie numérique nationale. Cependant, la mise en œuvre reste inégale, et beaucoup d’établissements sont encore confrontés à une alimentation électrique instable, à des réseaux de campus faibles et à un soutien limité pour le personnel et les étudiants.

Une nation connectée et des salles de classe déconnectées

Le Nigeria semble, à première vue, faire partie de la vague numérique mondiale. Dans le monde, plus de 60 % du trafic web provient désormais d’appareils mobiles, et au Nigeria, cette tendance est davantage marquée : parmi les internautes, la connectivité est très largement mobile, et représente la quasi-totalité des accès à Internet.

Cependant, des études montrent que la connectivité mobile ne se traduit pas automatiquement en une participation significative à l’apprentissage numérique. Le Rapport sur le développement dans le monde 2016 de la Banque mondiale, intitulé « Les dividendes du numérique », constate que si les technologies mobiles élargissent l’accès, elles sont souvent insuffisantes pour des usages éducatifs plus complexes : les bibliothèques numériques, les plateformes interactives ou l’enseignement à distance nécessitent des investissements complémentaires dans l’infrastructure à haut débit et les capacités institutionnelles.

Cela contribue à expliquer le fossé numérique plus profond au Nigeria. En 2025, plus de la moitié de la population était toujours hors ligne, avec des dizaines de millions d’étudiants exclus des systèmes d’apprentissage numérique. Parmi les personnes connectées, des disparités persistent : l’accès en milieu rural est loin derrière celui des zones urbaines, et les écarts entre les sexes dans l’utilisation de l’Internet mobile continuent de limiter la participation. 

Combler la fracture numérique dans l’éducation nigériane

Les politiques et les recherches récentes définissent de plus en plus la connectivité numérique dans l’éducation nigériane comme un enjeu systémique plutôt que purement infrastructurel. Les initiatives nationales en matière de haut débit et d’alphabétisation numérique mettent désormais l’accent sur les liens entre connectivité, développement des compétences et capacités institutionnelles, faisant écho à des approches continentales telles que la Stratégie d’éducation numérique de l’Union africaine, qui intègre les infrastructures aux réformes pédagogiques et de gouvernance.

L’expérience du Nigeria illustre à la fois les promesses et les limites de cette évolution. Le Réseau nigérian de recherche et d’éducation (NgREN) montre comment la connectivité peut soutenir l’accès à la recherche, la collaboration et la visibilité institutionnelle mais sa mise en œuvre inégale souligne le rôle des systèmes complémentaires. Lorsqu’il existe des insuffisances en matière d’alimentation électrique, d’infrastructures d’un campus et de soutien technique, les avantages restent limités.

Les technologies numériques contribuent à l’amélioration des résultats d’apprentissage principalement lorsqu’elles sont intégrées dans des pratiques structurées et dirigées par les enseignants, et soutenues par des institutions compétentes. En l’absence de ces conditions, le seul accès accru a peu d’impact. 

A A Isaac Tamson
Spécialisé dans la recherche sur l'éducation, la gouvernance et le développement durable