Environnement, énergie et nature

L’insécurité hydrique façonne la mobilité climatique dans le nord du Bangladesh

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Md Shahid Uz Zaman and Selima Akhter

À Naogaon, au Bangladesh, un district sujet à la sécheresse, l’insécurité hydrique menace à la fois les écosystèmes et les moyens de subsistance. Lorsque l’accès à l’eau potable et à l’irrigation n’est plus garanti, les ménages sont confrontés à une réduction de leurs moyens de subsistance, à l’augmentation du fardeau des soins et à des décisions difficiles telles que rester sur place, migrer temporairement ou s’installer ailleurs. Les responsables politiques doivent investir dans la sécurité hydrique et les services publics locaux avant que le déplacement ne devienne une réponse à la détresse.

Les débats sur la mobilité climatique surviennent souvent lorsque les personnes ont déjà quitté leur foyer. Mais dans le nord du Bangladesh, les pressions décisives peuvent s’accumuler beaucoup plus tôt : un étang s’assèche, l’accès aux nappes phréatiques devient plus difficile ou plus coûteux, l’irrigation n’est plus fiable, les récoltes sont mauvaises, la dette augmente et un membre du ménage part temporairement travailler ailleurs. La question politique centrale ne consiste pas simplement à savoir le nombre de personnes susceptibles d’être déplacés parle changement climatique , mais si les ménages ont encore véritablement le choix entre rester, partir ou revenir.

Naogaon est un lieu intéressant pour examiner cette question car une grande partie du district se trouve dans la région de Barind, sujette à la sécheresse. Les recherches sur les sécheresses à Naogaon font état de l’insécurité alimentaire et des risques économiques, sociaux et environnementaux plus larges associés à une sécheresse sévère. Les experts travaillant dans le cadre du programme GO4IMPact décrivent les sous-districts de Dhamoirhat et Niamatpur comme confrontés à une sécheresse prolongée, à une chaleur extrême, à des précipitations irrégulières et à une baisse du niveau de la nappe phréatique, la pénurie d’eau menaçant les moyens de subsistance agricoles et la sécurité alimentaire.

L’insécurité hydrique peut causer une pression migratoire

Le lien entre insécurité hydrique et mobilité est déjà visible dans le nord-ouest du Bangladesh. Une étude menée auprès des communautés santales de Porsha, dans le district de Naogaon a révélé que les ménages réagissaient à la sécheresse en modifiant leurs cultures, en réduisant leur consommation d’eau, en faisant plus de route pour trouver de l’eau et même en migrant temporairement vers de grandes villes pour trouver d’autres moyens de subsistance. 

Une autre étude sur la gestion intégrée des ressources en eau dans la région du Barind Tract fait le lien le stress hydrique, les perturbations agricoles, la pauvreté et les mauvaises récoltes et la pression migratoire. Ces études ne suggèrent pas que tous les ménages en situation d’insécurité hydrique vont migrer. Toutefois, elles révèlent une chose plus utile pour la politique : l’insécurité hydrique peut restreindre les options de subsistance au point de réduire la mobilité en une stratégie une stratégie de survie pour un ménage.

C’est là le défi de mobilité lié au climat qui mérite plus d’attention. La sécheresse et la diminution des ressources en eau modifient l’éventail des choix qui s’offrent aux ménages. Une famille peut envoyer l’un de ses membres au loin de manière saisonnière, une autre peut changer de culture et rester sur place, tandis qu’une troisième peut se trouver dans l’impossibilité de se déplacer même lorsque les moyens de subsistance locaux deviennent intenables. La variable importante n’est pas le déplacement seul, mais le degré d’autonomie derrière.

Les services d’eau peuvent élargir les choix avant le déplacement

Des services publics résilients face au changement climatique sont importants pour la politique de mobilité. À Dhamoirhat et Niamatpur, le programme GO4IMPact soutien les administrations locales et les communautés pour l’amélioration des services d’eau et de gestion des déchets grâce à la diversification des sources, à des infrastructures locales et à une planification plus réactive. 

Lors de sa conception, cette initiative n’était pas un programme de migration et elle n’a pas mesuré les résultats migratoires. Cependant, sa pertinence se situe en amont : si les ménages ont accès à une eau potable fiable, si la demande en irrigation est gérée efficacement et si les institutions locales peuvent maintenir les services essentiels pendant les périodes de sécheresse et de canicule, les personnes ont une plus grande marge de manœuvre pour décider de la suite. L’adaptation sur place ne doit pas être utilisée pour empêcher les personnes de se déplacer. Elle devrait avoir pour objectif d’éviter que la mobilité ne devienne un dernier recours désespéré.

Des membres de la communauté utilisent un filtre à sable de bassin à Maklahat, dans l’union de Hajinagar, à Niamatpur, dans le district de Naogaon. Des services locaux d’approvisionnement en eau résilients au changement climatique peuvent élargir les possibilités offertes aux ménages avant même qu’un déplacement ne se produise. Photo : ESDO/GO4IMPact

Le genre façonne les coûts liés au fait de rester ou de partir

Une « perspective de genre » est utile, car l’insécurité hydrique et la mobilité n’affectent pas tous les membres d’un foyer pareillement. Dans notre recherche menée auprès de femmes de Jamalpur, la vulnérabilité climatique apparaît à travers des pressions interconnectées : perturbation de l’accès à la nourriture et à l’eau, perte des moyens de subsistance et des actifs, ressources financières et accès aux soins de santé limités, responsabilités plus lourdes en matière de soins, restrictions de la mobilité et participation limitée à la prise de décision. Ces pressions déterminent qui peut bouger, qui doit rester et qui supporte les coûts de l’un ou l’autre choix.

En rapport avec la politique en matière de climat et de mobilité, cela signifie que les investissements dans le secteur de l’eau devraient, en partie, être évalués en fonction de s’ils réduisent les contraintes de temps, protègent les moyens de subsistance, améliorent la sécurité et renforcent la participation des femmes aux décisions locales. Lorsqu’un membre masculin d’un ménage migre pour travailler, les femmes peuvent se retrouver à assumer davantage de responsabilités pour ce qui touche à la collecte de l’eau, à l’agriculture, aux enfants et aux personnes âgées. Lorsqu’une famille entière déménage, les femmes et les filles peuvent être confrontées à de nouveaux défis liés à l’assainissement, aux soins de santé, à l’emploi et à la sécurité. Le genre doit s’inscrire dans l’analyse de la mobilité, pas dans une section distincte ajoutée après coup.

La leçon de la Jamuna : mesurer le choix, pas le déplacement

Les données issues du bassin de la Jamuna apportent la clarification à ce que les responsables politiques devraient mesurer. Une étude par panel de 2025 a révélé que l’érosion des berges avait plus que doublé la probabilité de migration parmi les ménages touchés, et que les ménages se déplaçant dans leur ensemble migraient souvent à moins de 5 km. Une autre étude sur l’immobilité involontaire a montré que 13 % des non-migrants pouvaient être considérés comme « piégés » : ils souhaitaient une plus grande mobilité mais n’étaient pas en mesure de se déplacer. 

Bien que la région de la Jamuna ne soit pas le centre géographique dans l’étude du cas de Naogaon, elle constitue un élément comparatif important qui justifie pourquoi le déplacement et le non-déplacement peuvent refléter des choix contraints. Un ménage qui reste parce que les services liés à l’eau et ses moyens de subsistance sont viables est dans une situation différente par rapport à celui qui reste parce qu’il n’a pas l’argent, les informations, les réseaux sociaux ou les capacités physiques pour se déplacer. De même, la migration temporaire pour le travail peut être une stratégie d’adaptation positive lorsqu’elle est volontaire et sûre, mais un signe de détresse lorsqu’elle fait suite à l’effondrement des moyens de subsistance et à un endettement croissant.

Intégrer l’insécurité hydrique dans la planification de la mobilité liée au climat

 Le Bangladesh dispose déjà d’un Plan national d’adaptation (2023-2050) et d’une Stratégie nationale sur la gestion des déplacements internes. La prochaine étape consiste à connecter plus explicitement ces cadres au niveau local. Dans les districts sujets à la sécheresse, la planification de l’adaptation devrait suivre l’insécurité hydrique en même temps que les schémas de mobilité : quels moyens de subsistance cessent d’être viables ; qui migre de manière saisonnière ; qui veut rester ; qui veut partir ; et qui manque des ressources pour faire l’un ou l’autre en toute sécurité.

Les administrations locales ont également besoin de systèmes de financement et de données qui relient l’eau, l’agriculture, la protection sociale et l’emploi. Les investissements dans les services de l’eau devraient s’accompagner d’une diversification des moyens de subsistance, d’une agriculture résiliente face au changement climatique, du développement des compétences et d’une protection sociale transférable. Là où la migration saisonnière est déjà courante, la planification locale devrait favoriser des déplacements plus sûrs plutôt que de considérer la migration comme un échec de l’adaptation.

La mobilité climatique commence avant qu’une personne ne fasse ses valises. À Naogaon, l’insécurité hydrique peut éroder les moyens de subsistance et restreindre les choix des ménages bien avant que le déplacement ne devienne visible. Il est donc nécessaire que les politiques réagissent à ce stade plus précoce.

Le succès doit être mesuré par la capacité des personnes à rester en sécurité quand elles le souhaitent, à se déplacer dans la dignité quand elles en ont besoin et à revenir lorsque les conditions le permettent, pas simplement en ayant moins de migrants ou en maintenant plus de personnes sur place. Protéger la sécurité hydrique est un moyen concret de protéger cette liberté de choix.

Md Shahid Uz Zaman
Fondateur et directeur exécutif de l'Organisation pour le développement écosocial (ESDO), au Bangladesh
Selima Akhter
Chercheuse et directrice de l'Eco College, à Thakurgaon, au Bangladesh.