Avec l’augmentation des taux de migration climatique en Zambie, les tensions aussi risquent de s’intensifier dans ce pays par ailleurs pacifique. Pour l’instant, les politiques et la planification zambiennes n’intègrent pas efficacement les tendances migratoires dans les plans de résilience face au changement climatique, ce qui met en danger les populations vulnérables. En exploitant les données sur les migrations, la politique climatique peut être ciblée pour soutenir les migrants internes ainsi que les personnes qui sont dans l’incapacité de partir, et réduire les tensions.
Avec plus de 70 langues distinctes et autant de tribus, la plupart des Zambiens sont des agriculteurs de subsistance et dépendent de la culture du maïs pluvial et de l’élevage. Cette situation rend le pays particulièrement vulnérable face au changement climatique.
Les chocs climatiques tels que les sécheresses sévères et les inondations peuvent être désastreux pour les communautés rurales qui luttent déjà pour leur sécurité nutritionnelle, l’accès aux marchés, aux soins de santé, à l’éducation et contre la diminution des ressources naturelles. Lorsque les moyens de subsistance des populations dépendent de la production agricole, la diminution des précipitations ou des crues soudaines peuvent décimer les cultures et mettre des communautés entières en danger. Alors que la migration liée au climat continue de s’intensifier sans qu’une politique nationale adéquate ne soit adoptée pour y faire face, ces communautés deviennent de plus en plus vulnérables à leurs effets.
Les sécheresses de ces dernières années illustrent la vulnérabilité de la Zambie
Les données de l’Agence zambienne des statistiques (ZamStats) indiquent la relation entre la superficie des terres utilisées pour l’agriculture et la production de maïs au cours des huit dernières années.
Au cours de la saison 2023-2024, une grave sécheresse a frappé le secteur agricole. Considérée comme la pire sécheresse qu’ait connue la Zambie depuis 40 ans, elle a causé la chute brutale de la production de maïs malgré une utilisation accrue des terres. En conséquence, les prix du maïs sur la saison 2024-2025 sont restés nettement supérieurs à la normale, ce qui témoigne à suffisance que les chocs climatiques ont un impact à long terme sur la disponibilité alimentaire.
En réponse à ces effets du changement climatique, ainsi qu’aux pressions existantes liées à la pauvreté, les taux de migration interne augmentent en Zambie.

Des cadres sont en place, mais leur mise en œuvre est difficile
Le Fonds monétaire international (FMI) note que la Zambie a pris des mesures ces dernières années visant au renforcement de sa politique de résilience climatique, notamment par l’adoption de la loi sur l’économie verte et le changement climatique (2024) et la mise à jour du Plan national d’adaptation (2023) avec des priorités claires en matière de résilience climatique. Cependant, la mise en œuvre de ces réformes risque d’être retardée en raison du manque de suivi gouvernemental, de capacités techniques et de financement.
En plus de ces revers, la politique de résilience climatique actuelle fait abstraction des tendances de migration prévues au sein du pays. Si c’était le cas, les responsables politiques pourraient mieux cibler leurs efforts sur les communautés touchées par le changement climatique, en allouant des ressources limitées à ces zones.
L’intégration des données dans les politiques peut permettre de cibler les populations vulnérables
Pour les responsables politiques, la question ne concerne pas le manque de données disponibles, car des organisations comme le Centre mondial pour la mobilité climatique et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) disposent de modèles de données solides sur les projections relatives aux migrations climatiques internes. Le défi consiste plutôt à utiliser ces données pour cibler l’aide aux personnes touchées par le changement climatique et limiter les tensions dans le pays.
À titre d’illustration : la fracture entre zones rurales et zones urbaines dans le pays. Bien que les gens soient attirés vers les zones urbaines par les perspectives d’emploi et de progrès économique, la diminution des revenus des cultures pluviales et de l’élevage entraine des mouvements de population qui peuvent exercer une pression supplémentaire sur les milieux urbains. Par conséquent, les grandes villes comme Lusaka ou Kitwe rencontrent des défis lorsqu’il s’agit d’accueillir des populations en croissance rapide, et de nombreuses personnes finissent dans des quartiers informels dépourvus d’infrastructures adéquates.
En effet, au cours des deux dernières décennies, les bidonvilles de Lusaka ont presque triplé, abritant environ 1,4 million de personnes, soit 62 % de la population de la ville. Selon la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), les taux d’exode rural sont supérieurs à ceux de la création d’emplois dans les zones urbaines, laissant de nombreux Zambiens sans moyens de subsistance ni logements sûrs. Cela a, à son tour, entraîné une hausse des taux de criminalité chez les jeunes à Lusaka.
Les prévisions sur l’exode rural devraient être intégrées dans la planification urbaine. En comprenant combien de personnes une ville est en mesure d’accueillir en termes de logement et d’emploi, les administrations locales peuvent soutenir les ménages des communautés informelles en leur fournissant des infrastructures de base.
Les tensions interculturelles augmentent avec les mouvements entre zones rurales
La migration est une bouée de sauvetage pour de nombreuses personnes. Faute d’accès à d’autres systèmes de soutien pour subvenir aux besoins de leur foyer face au changement climatique et à la perte de ressources naturelles, la migration de zone rurale à zone rurale représente la principale voie de survie pour la plupart des ménages ruraux d’Afrique australe. Bien que ce phénomène migratoire soit typique dans une certaine mesure, l’augmentation des chocs climatiques exercera davantage de pression sur les ressources foncières et les communautés d’accueil.
Un exemple, exposé par le CGIAR, montre combien d’habitants du sud de la Zambie, où la sécheresse est récurrente, ont migré vers les régions du centre et du nord à la recherche de sécurité hydrique et de terres agricoles. En plus des différences tribales, les pratiques culturelles de préparation des terres par brûlis ont contribué à alimenter des conflits.
Les interactions intertribales sont en hausse et ont été activement encouragées par le gouvernement zambien depuis l’indépendance en 1964, sous le slogan unificateur « Une Zambie, une nation ». Cependant, avec davantage de personnes qui migrent vers des terres éloignées, traditionnellement habitées par d’autres groupes, des conflits peuvent surgir car l’épuisement des ressources crée une concurrence.
Les responsables politiques ont la capacité d’apaiser ces tensions dans les communautés d’accueil en finançant des stratégies ciblées d’adaptation au climat. Des programmes efficaces de résilience climatique peuvent inclure, par exemple, d’enseigner aux communautés les options d’adaptation grâce à des services de vulgarisation, d’accorder des crédits aux petits exploitants agricoles pour le financement de la mise en œuvre de ces mesures et de renforcer les systèmes d’alerte précoce afin de réduire les risques de catastrophe.
Les populations prisonnières souffrent sans réseaux de migration solides
Le défi caché des migrations climatiques réside dans la population incapable de migrer. Une étude publiée par l’Institut national de la santé utilise les données climatiques et de recensement en Zambie entre 2000 et 2010 et conclut que l’immobilité liée au climat est surtout fréquente dans les zones de précarité économique du pays en raison de l’absence de réseaux de migration existants. Cela pose un défi politique unique. Les responsables politiques doivent apporter leur soutien à la fois aux migrants climatiques et à ceux qui sont forcés de rester dans des environnements instables.
Les politiques en faveur des populations prises au piège devraient être conçues pour faciliter la migration et aider à l’adaptation locale. L’utilisation de ces mêmes données sur les réseaux migratoires pour identifier les zones à haut niveau d’immobilité permet aux responsables politiques d’aider ceux qui souhaitent migrer pour subvenir aux besoins de leur famille et réduire leur vulnérabilité face au changement climatique, tout en offrant des options à ceux qui doivent s’adapter à leur situation.
Transformer les données en opportunités
Alors que le changement climatique continue d’affecter les agriculteurs en Zambie, le gouvernement zambien a l’opportunité d’intégrer les données sur la migration climatique dans ses politiques et cibler les populations à risque. Bien que difficile, cela nécessitera des programmes climatiques ciblés pour les communautés vulnérables, une planification urbaine mieux informée et des ressources de migration localisées pour les futurs migrants. Si les responsables politiques ne parviennent pas à mieux intégrer les données, le financement et la mise en œuvre des programmes, la Zambie continuera à faire face à des tensions croissantes dans tout le pays, car les chocs climatiques provoquent une augmentation des migrations internes.
Cet article fait partie d’une série spéciale lancée dans le cadre des travaux menés par Global Development Network (GDN) en étroite collaboration avec le Center for Systems Solutions et Future Earth US global hub, afin de soutenir l’action de recherche collaborative (CRA) du Belmont Forum sur les approches intégrées de la migration/mobilité humaine.






